Alors qu’un forum national sur la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) se tient les 05 et 06 décembre 2019 à Lagos au Nigeria, le président Muhammadu Buhari demeure toujours indécis quant à l’ouverture des frontières de son pays fermés depuis plusieurs mois. Ceci en dépit des dommages économiques engendrés par cette décision pour ses voisins.
La rencontre de deux jours co-organisée par la Commission Economique pour l’Afrique (CEA), l’Union Européenne, l’Association des Fabricants du Nigeria (MAN), l’Association nigériane des chambres de commerce, d’industrie, des mines et d’agriculture (NACCIMA), en collaboration avec la Commission de l’Union africaine (CUA), est axée sur l’industrialisation et le développement économique inclusif, précise un communiqué de la commission économique pour l’Afrique.
M. Adeyinka Adeyemi, Conseiller principal auprès du Centre africain pour la politique commerciale à la CEA informe que « ce forum devra permettre au secteur privé nigérian d’apprendre à mieux tirer profit des opportunités qu’offre la ZLECAf, le rôle du secteur privé étant crucial dans sa mise en œuvre »
Le Nigeria, comme 53 autres pays du continent, est signataire de cet Accord lors du Sommet extraordinaire de l’Union Africaine tenu à Niamey en juillet dernier. La ZLECAF porté par le Président Issoufou Mahamadou, désigné « champion » par ses pairs, offre à l’Afrique la possibilité de créer la plus grande zone de libre-échange du monde, susceptible de réunir 1,3 milliard de personnes, dans un bloc économique de 2 500 milliards de dollars, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle ère de développement. Elle pourra générer de nombreux avantages en soutenant notamment la création d’échanges, la transformation structurelle, l’emploi productif et la réduction de la pauvreté.
Malgré cette manne de profits et les débouchés dont regorge cet ambitieux programme pour l’Afrique, Muhammadu Buhari, à la tête de l’une des économies les plus prospères d’Afrique va à contre-courant de l’esprit de libre-circulation des biens et des personnes qui est l’essence d’une zone de libre-échange. Le n°1 de l’Etat fédéral a fait fermer les frontières de son pays avec le Niger et le Bénin depuis août dernier et reste depuis inflexible sur cette mesure. On se rappelle qu’avec le Bénin et les Seychelles, le pays des Super Eagles était l’un des plus réticents à parapher l’accord marquant l’opérationnalisation de la ZLECAf.
Ce jeudi, face à une délégation de participants au Forum de Lagos venus de l’Etat de Katsina, Muhammadu Buhari s’est montré incertain sur la date d’ouverture de ses frontières. Il estime que cette mesure permet au Nigeria de lutter contre la contrebande et de mieux sécuriser ses frontières. Selon Buhari cette fermeture permettrait au pays d’économiser plusieurs milliards de naira sur l’importation. A ses dires, les frontières seront ouvertes « lorsque la situation s’améliorera ».
Par ailleurs à propos des exigences émises par le Nigeria pour l’ouverture des frontières, le président Buhari a reconnu les efforts fournis par le Niger qui a pris des mesures fortes pour le respect des exigences. « Le président a félicité Mahamadou Issoufou pour ses actions, notamment l’interdiction d’utiliser le pays comme dépotoir pour les marchandises de contrebande à destination du Nigeria. Le président a noté que les mesures prises par le Niger étaient utiles et favorables », informe Dailypost. Par contre, à l’opposé du Niger, les choses ne bougent visiblement pas au Bénin comme l’aurait souhaité le Nigeria car la contrebande du riz du Bénin vers le Nigeria n’aurait pas cessé. D’après les autorités douanières nigérianes, des sacs de riz en provenance du Bénin ont été à plusieurs reprises arraisonnées.
Alors que la date de janvier 2020 a été annoncée pour une éventuelle réouverture, rien n’est désormais moins sûr.
Almoustapha Danguida pour Niameyinfo.