Tchad : Mort du président Idriss Déby, que doit-on croire ?

Succombé à ses blessures ou assassiné ? la mort du Maréchal Idriss Deby Itno, ancien président Tchadien, survenue le lundi 19 avril 2020, ne cesse de susciter des incertitudes. En effet, annoncée depuis le mardi dernier par un conseil militaire de transition (CMT), la nouvelle qui précise que ce dernier est mort sur le front face à la rébellion du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (Fact), est contestée par plusieurs personnes qui estiment que cela soit « impossible ». La population tchadienne et internationale sont encore sous le choc de cette triste nouvelle. Avec toutes les nombreuses informations qui ont agité la toile sur cette mort que peut on retenir ou même croire ?

A peine quelques heures après que la grande faucheuse n’eut fait son passage chez le pilier de la lutte anti-djihadiste au Sahel, de nombreuses polémiques ont enflammé la toile. Une mort brutale qui plonge le Tchad dans l’incertitude.

Selon la radio France Internationale (RFI), dès le lundi soir des tractations pour sa succession avaient commencé. « Autour des hauts gradés convoqués à la présidence se trouvait aussi le président de l’Assemblée nationale…a décliné la proposition d’assurer la transition » souligne le media.  C’est au regard de cela que le conseil militaire de transition (CMT) a été crée tout en se donnant 18 mois pour l’organisation de nouvelles élections. Au lendemain de la perte du père, le fils, Mahamat Idriss Déby Itno, qui, étant à la tête de ce conseil militaire dirige désormais le pouvoir. Sachant bien que ce pouvoir dès sa naissance recoit plusieurs contestions, les membres du CMT ont sollicité un soutien auprès des acteurs politiques majeurs pour y faire face.

Selon certaines informations, « des tensions au sein du premier cercle de pouvoir » sont aussi notées, particulièrement sur « le partage du pouvoir au sein du nouveau conseil ». Le second dilemme que dénoncent la société civile, l’opposition et des partis issus de la majorité, est que ce conseil de transition « s’est octroyé, les pleins pouvoirs, ce qui n’est prévu nulle part dans la constitution révisée de décembre 2020 ».

L’accaparement du pouvoir par les hommes en uniforme, la mise en place du CMT présidé par le fils du défunt président, la dissolution immédiate du gouvernement et de l’Assemblée nationale, couvre-feu, fermeture des frontières…tout ce déroulé rapide des événements à laisser aboutir à des conclusions qui ne font pas l’unanimité. Pour le générale Tchadien, Idriss Dicko, en fonction dans l’armée et ex-directeur adjoint du cabinet militaire du chef de l’Etat, « le pays va au chaos si le comité militaire du chef de le CMT dirigé par Mahamat Déby ne respecte pas le processus de transition prévu dans la constitution du Tchad ». « C’est un régime issu d’un coup d’Etat que nous condamnons. Nous aurions souhaité d’abord le respect de la constitution. C’était au président de l’Assemblée, conformément à la constitution d’organiser des élections libres et transparentes dans le délai prévu par la constitution », explique Taher Ali Nanaye porte-parole du conseil national pour le changement (CNC).

De l’autre coté, l’ancien ministre Tchadien et réfugié politique, Faustin Facho Balaam, ne croit pas à la thèse du décès d’Idriss Déby tel qu’annoncé par l’armée. « Je crois que c’est un coup d’Etat, ce n’est pas la mort au front. Je crois que c’était un règlement de compte à l’intérieur » dit-il. Selon également Marielle Debos, auteure de « Le métier des armes au Tchad » Karthala, 2013, c’est un coup d’Etat. « C’est un coup d’Etat, car selon la constitution c’est le président de l’Assemblée qui prend le pouvoir en cas de vacances du président. Idriss Déby avait préparé sa succession, son fils a combattu au Mali et ailleurs. On reste dans la trajectoire historique d’un Etat militarisé où les grandes difficultés des oppositions civiles ont beaucoup de difficultés pour s’imposer dans le pays. On a d’un côté un gouvernement militaire de transition et de l’autre des groupes rebelles qui mène le combat » dit-elle tout en ajoutant que « hier les français ont réagi en prenant acte du gouvernement de transition, mais pas du non-respect de la constitution, ce que les américains on fait ».

Sur la même lancée, le journaliste Franco-Camerounais Alain Foka n’y croit pas aussi. Au cours d’une entrevue accordée au média France24, Alain Foka estime que les choses ne se sont pas déroulées tel quel. « C’est dommage, parce que ça donne une très belle image de ce guerrier de celui qui accompagnait ses troupes sur le champ de bataille. Mais lorsqu’on voit les éléments de ces dernières heures, on se demande s’il est vraiment mort sur le front. Est-ce qu’un maréchal de cette taille là on l’abat aussi facilement qu’on abattrait quelqu’un qui est en première ligne. Et ensuite la manière dont ça se passe, les dernières informations que l’on a, tendent à montrer qu’il n’est pas mort sur le front, qu’il a été assassiné sur place et je suis persuadé qu’on le saura dans quelques heures » a-t-il souligné. Aussi, pour le journaliste, la mort de Idriss Deby est « une importante perte pour la sous-région, en particulier à un moment où le défunt était un poids lourd dans la lutte contre les terroristes au sahel ».

En attendant que le mystère ne soit résolu, et que les faits se démentent ou se confirment, la population Tchadienne reste inquiète. Pour Jacqueline Moudeïna, ancienne présidente de l’association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme la situation risque de se dégrader. « Nous craignons un embrasement parce que d’un coté vous avez des factions qui se mettent en position et qui marchent sur Ndjamena et de l’autre côté, la mise en place de ce conseil. Donc nous craignons un embrasement, c’est pour ça d’ailleurs que nous appelons au secours toute la communauté internationale pour qu’ils soutiennent la population tchadienne ».

Aussi, sachant que Déby malgré les dérives lors de son pouvoir, était quand même un socle de de la guerre contre les terroristes, sa mort amènera-t-elle cette menace à se rependre dans toute la sous-région ? la suite des évènements nous le dira.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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