Rapport Coface 2020 : malgré une croissance soutenue, corruption endémique et situation sécuritaire déplorées

La Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) a publié, le mardi 4 février, l’édition 2020 de son Guide risques pays et sectoriels. Dans cette édition, elle estime que la croissance économique portée par les investissements sera rapide au Niger en 2020 mais fait savoir que le risque politique est élevé, du fait des tensions socio-politiques dans le pays, de l’élection présidentielle en vue et de la situation sécuritaire et sociale dégradée.

Au titre de l’année 2019, Coface spécialisée dans l’accompagnement des entreprises à se développer en assurant le risque d’insolvabilité de leurs clients, et à prendre les décisions de crédit nécessaires pour renforcer leur capacité à vendre sur leurs marchés nationaux et d’exportation a réalisé 160 évaluations pays dont celui du Niger. Des études réalisées à partir de données macroéconomiques, financières et politiques, qui sont en accès libre et donnent une estimation du risque de crédit moyen des entreprises d’un pays. C’est un outil précieux qui indique l’influence potentielle d’un pays sur l’engagement financier d’une entreprise.

Des indicateurs au vert mais ….

Dans l’appréciation du risque s’agissant du Niger, l’assureur note que « grâce à l’investissement, la croissance devrait être rapide en 2020. Le soutien financier international devrait permettre à l’investissement public de contribuer largement à la croissance à travers le financement de nombreux projets. C’est, cependant, l’investissement privé qui serait le principal moteur, les projets étant surtout financés par ce biais. Il se développera également grâce à la croissance du crédit bancaire et au respect du programme du FMI, rassurant les investisseurs. »

Coface précise que « les secteurs de la construction et des services (télécommunications, en particulier) devraient ainsi devenir les principaux récipiendaires avec l’intensification des projets, tels que la construction du barrage hydro-agricole de Kandaji, la réhabilitation de l’aéroport de Niamey ou encore la construction de la cimenterie de Garadawa ». A cela faudra ajouter en embellie des investissements privés et des dons dans les infrastructures en lien avec l’industrie extractive.  La construction d’un oléoduc de 2 000 km par la China National Petroleum Corporation, pour acheminer du pétrole brut jusqu’au port de Semè Terminal au Bénin, qui fera à terme du Niger un exportateur à l‘horizon 2022, est citée en exemple.  

La consommation des ménages devrait également se montrer dynamique, grâce à l’augmentation des revenus agricoles. Y contribueront, les investissements publics, au titre du plan 3N (les Nigériens nourrissent les Nigériens) visant à améliorer la productivité et la valeur ajoutée agro-sylvo-pastorales, ainsi que la gestion de l’eau (le projet d’irrigation dans les régions d’Agadez, Tahoua, Dosso, Tillabéry).

Ce tableau qui semble idyllique devra toutefois être bémolisé relève la Compagnie française.

De trop nombreux points faibles…

Coface n’a pas manqué de faire ressortir les goulots d’étranglements qui pesaient sur l’économie et freinaient la croissance du pays. Au rang de ceux-ci : une économie vulnérable aux chocs climatiques et aux fluctuations des cours des matières première ; économie encore largement dépendante d’une agriculture de subsistance ; Croissance rapide de la population, grande pauvreté (IDH le plus faible du monde), situation de crise alimentaire chronique ; système de perception des taxes et des droits de douane déficient ; Corruption endémique et importance du secteur informe ; frontières poreuses favorisant l’immigration illégale et les trafics ; Détérioration de la situation sécuritaire et attaques terroristes

Un terreau fertile au terrorisme

Sur ce dernier point, l’agence indique que la principale menace réside dans une situation sécuritaire très dégradée, les groupes terroristes de la région (Boko Haram, AQMI, Al-Murabitoun) trouvant au Niger un terreau fertile de recrutement (fort taux de pauvreté et peu de perspectives) et des frontières poreuses favorables à leurs actions. La coopération internationale devrait continuer à se renforcer, même si les difficultés de financement de la force G5 Sahel ne lui ont pas permis de contenir les troubles observés dans les pays voisins. Le risque d’enlèvement ciblant les ressortissants étrangers demeure toujours élevé expliquant le 132ème rang occupé dans le classement Doing Business 2020.

Présentant l’environnement politique du pays, Coface écrit qu’elle est caractérisée par la mainmise du président Mahamadou Issoufou (Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS)) sur les différentes institutions depuis la victoire de son parti aux élections présidentielle et législatives de 2016. L’opposition est très critique vis-à-vis des actions du président, et bien que marginalisée, elle est susceptible de catalyser la grogne populaire, née, en 2018, de l’opposition à la loi de finances prévoyant l’augmentation de la pression fiscale pour répondre aux attentes du FMI. Le calendrier électoral annoncé (les élections municipales, législatives et présidentielle se tiendront en novembre 2020) est perçu comme visant à biaiser les résultats.

2020 ne s’annonce donc pas de tout repos sur le plan économique, politique et encore moins sur le front social.

Almoustapha Danguida pour Niameyinfo.

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