Niger : Uniformisation de frais de scolarité dans les établissements privés, un comité technique à l’œuvre

Le Gouvernement du Niger a par décret du Ministre en charge du Commerce, de l’industrie et de l’entreprenariat des jeunes, créé un comité technique chargé de réfléchir sur les frais de scolarité des établissements privés de l’enseignement général : préscolaire, primaire, collège et lycée. Ce décret pris le lundi 5 juillet 2021, s’explique certainement par le fait que ce domaine social, qu’est l’école, fait l’objet de surenchère et de fortes spéculations dans la plupart des centres urbains du Niger par le manque de réglementation.

De nos jours, pour inscrire son enfant dans une école privée en vue de lui assurer une éducation de qualité, de nombreux parents sont contraints de s’adonner à toute une gymnastique en raison des frais de scolarité qui n’arrêtent pas de grimper. D’après le journaliste, Yacine Hassane, il se trouve que, chaque année à Niamey, les promoteurs de certains établissements scolaires privés augmentent les frais de scolarité sans le notifier aux parents. « Face à cette situation, beaucoup de parents d’élèves s’interrogent sur les raisons de l’interminable hausse des frais de scolarité au niveau de ces écoles » souligne-t-il.

Notons en effet qu’au Niger, les frais de scolarité varient d’une école à une autre. Et dans la plupart des écoles privées, les frais sont exorbitants, obligeant souvent les parents à débourser une somme minimale de 100.000 ou 200.000 FCFA pour le niveau primaire et plus de 500.000 F CFA au niveau lycée dans certains établissements de la capitale Niamey. « Personnellement, je les trouve très chers car je dois payer une somme de 250.000FCFA l’année à part les fournitures et les frais de transport » confie Moussa Amadou, un parent d’élève interviewé par nos confrères du journal le sahel. « Actuellement, il me faut faire toute une gymnastique pour avoir de l’argent et verser la moitié des frais de scolarité à mon enfant parce qu’aujourd’hui, dans presque toutes les écoles privées, les fondateurs exigent toujours de verser la moitié des frais de scolarité », poursuit-il.

Pour sa part, M. Ibrahim Oumarou, également parent d’élève, affirme que tous ses enfants sont scolarisés dans des établissements privés. Et, les frais de scolarité sont chers. « Chaque rentrée des classes, je fais face au même problème après l’achat des fournitures, des chaussures et uniformes scolaires, l’argent manque pour les frais de scolarité des enfants et le plus souvent, je pars à la banque pour prendre un crédit pour payer la scolarité de mes enfants », a-t-il expliqué avant d’ajouter qu’« avec cette cherté des frais de scolarité, comment arriver à donner une éducation à ses enfants si on en a 3 ou 4, à l’allure où vont les choses ? Nous n’allons tout de même pas prendre tous nos revenus pour scolariser les enfants. Et comment allons-nous les nourrir et les habiller ? Il faut que quelque chose soit fait, sinon beaucoup d’enfants n’iront pas à l’école par manque de moyens. Et c’est déjà le cas dans de nombreuses familles » confie-t-il au micro du journal le Sahel.

Contrairement à ces témoignages, Amadou Salamatou, interrogée par le même media, estime que « les frais sont abordables, car l’éducation d’un enfant n’a pas de prix.  J’ai trois (3) enfants qui étudient dans les écoles privées dont deux au niveau collège et l’autre au lycée ». « Par an, au niveau du collège, je paie une somme de 800.000F à chaque enfant et le lycée, 1.000.000FCFA. Je paie aussi à chaque enfant la tenue à une somme de 25. 000F l’unité et le tee-shirt pour EPS à 5000FCFA. Ajouter à tout cela, l’ensemble des fournitures scolaires à savoir les livres, les cahiers, et les trousses scolaires pour chaque enfant à 100.000FCFA. Concernant, les cours privés à ladite école, chaque mois, je paie 220.000F en raison de 100.000F pour les enfants du collège, et 120.000F le mois pour celui qui est au lycée » indique-t-elle.

Rappelons que la création et l’ouverture des établissements scolaires privés au Niger obéissent à des principes. Quant aux frais de scolarité, il est important de préciser qu’au Niger, le secteur de l’enseignement comme bien d’autres secteurs, a été libéralisé. C’est pourquoi, les frais de scolarité varient d’un établissement scolaire à un autre. A cet effet, certains établissements sont plus accessibles que d’autres.

Comme le dit Amadou Djibo Dandakoye, président de l’Union Nationale pour l’Enseignement Général Privé (UNEGP) et fondateur du complexe privé Famèye, « le meilleur investissement que l’homme peut faire, c’est d’envoyer son enfant dans de meilleures écoles pour avoir une formation de qualité et cela malgré le prix ». Toujours selon lui, aujourd’hui, la compétition des familles et des Etats, c’est l’éducation : chaque parent veut que son enfant aille dans la meilleure école pour devenir le meilleur citoyen responsable possible. « Malheureusement, ce sont les textes de 1996 qui réglementent encore le secteur de l’Enseignement Privé.. Ce qui fait qu’aujourd’hui, n’importe qui crée une école privée, n’importe où et n’importe comment ; c’est une pagaille indescriptible », déplore-t-il dans le Sahel.

Le Président de l’UNEGP raconte que quand les autorités en charge de l’Education ont constaté cette anarchie, elles ont pris la décision de fermer toutes les écoles dont les fondateurs ne respectent pas les normes environnementales. Une décision accueillie à bras ouverts par l’Association des Fondateurs des Ecoles Privées, parce-que « une villa n’est pas faite pour de classe des enfants. Il y a certes des gens qui veulent faire de l’école un fonds de commerce ; l’école n’est pas un objet marchand, le secteur éducatif est un secteur que les gens doivent voir à la loupe parce que tant que ces enfants sont ratés, ils deviennent des délinquants car les vrais pédagogues disent ‘’qu’à l’école, il n’y a pas d’échec’’ » explique-t-il. En effet, il n’y a pas d’échec si toutes les conditions sont réunies pour l’apprentissage de l’enfant. « Mais, nous constatons aujourd’hui que les normes environnementales et la qualification des enseignants ne sont pas respectées, dans certains établissements privés alors que nous savons tous que le psychique de l’enfant a besoin d’un minimum de conditions pour que les enfants réussissent », fait remarquer Amadou Djibo Dandakoye.

Mais pour Amadou Djibo Dandakoye, il faut aussi reconnaitre que bon nombre de fondateurs « font de leur mieux car ils s’investissent beaucoup en vue de se conformer aux textes qui régissent l’Enseignement Privé au Niger. Certains prennent des crédits bancaires afin de mettre les enfants dans des conditions. Comparer aux autres pays voisins, les écoles privées ne sont pas chères au Niger ; surtout que même parmi les écoles, il y a des écoles ». D’après lui, avec un air de désolation « on ne s’enrichit pas dans l’école, les charges sont énormes : entretenir les écoles, les classes, les toilettes, recruter de bons enseignants, construire le laboratoire, la bibliothèque, prendre en charge eau et électricité, etc. A tout cela vient s’ajouter l’impôt dû à l’Etat nous impose ».

Pour la question de la cherté des frais de scolarité, le président de l’Union Nationale pour l’Enseignement Général Privé (UNEGP) estime que les gens leur font «  un faux procès tout en reconnaissant tout de même qu’il y a beaucoup de leurs collègues qui font de l’escroquerie en créant des écoles pour se faire de l’argent » dit-il tout en ajoutant que « ces derniers temps, l’Etat n’accorde plus une subvention financière aux écoles privées ; souvent, il propose des enseignants en compensation ; mais certaines écoles déclinent l’offre parce qu’ils estiment que certains enseignants ne peuvent pas donner un produit de qualité. Or, la catastrophe qu’il y a aujourd’hui dans les écoles publiques, c’est le manque d’enseignants de qualité, on ne peut pas demander à quelqu’un qui ne sait pas conjuguer l’imparfait d’aller enseigner le subjonctif ».

Comme proposition, président de l’UNEGP explique que pour mettre de l’ordre au niveau de l’Enseignement Privé, l’Etat doit réviser les textes réglementant ce secteur afin de le professionnaliser et penser à subventionner l’enseignement privé. Les parents d’élève doivent comprendre les fondateurs, venir à leur rencontre, discuter pour comprendre que ces derniers fournissent énormément d’efforts pour la formation de leurs enfants.

Pour l’heure, espérons que le comité technique crée par le Ministère en charge du Commerce, en vue de réfléchir sur les frais de scolarité des établissements privés de l’enseignement général, trouve une solution adéquate, équilibrée entre les acteurs concernés.

Fatouma Akiné pour niameyinfo.

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.