Niger/Mode : la fripe, quand l’élégance s’allie à des prix “low cost”

A Niamey comme partout au Niger, les habits de la fripe appelés « Bosho » en Haoussa et « gourfâga Souban’ne » en Zarma qui viennent de l’Europe et d’Amérique sont très prisés. Dans la capitale, le commerce de la friperie, tous genres confondus (chemises, pantalons, chaussures, robes) ne cesse de grandir. Il semble que c’est une affaire très juteuse. Contrairement à ce que l’on croit, le marché du vêtement d’occasion n’est plus aujourd’hui réservé aux petits budgets et aux amateurs de mode « vintage ». Les patrons aussi y trouvent leur compte.

Eh oui ! à l’heure-là qui n’a pas encore dans un coin de son placard une petite chemise ou une robe en fripe ? elles sont rares ces personnes. Pour une soirée amicale ou un rendez-vous d’affaires, l’occasion d’en porter ne manque pas. De nos jours, la fripe c’est chic, c’est tendance et surtout très originale.

A Niamey « la coquette », les produit de friperie sont généralement exposés dans les marchés, notamment à « katako » et au « grand-marché », ou dans les quartiers périphériques. Cette préférence du Nigérien moyen pour ces habits se justifie du fait qu’ils se livrent à tout prix. A longueur de journée, ils sont des centaines, ces citadins qui ne s’empêchent jamais de faire un tour au niveau de ces marchés. Là-bas, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses. Les « Bosho » sont aussi prisés car ils répondent au choix de tous les âges ; du nouveau-né au vieillard : chemises, tee-shirts, pantalons, couvertures, draps, rideaux, sacs, chaussures et même des dessous. On en voit partout !

Les clients se bousculent devant les étals et les vendeurs y trouvent leur compte. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour au marché de « Katako » qui demeure un site de gros importateurs de friperie au Niger. C’est le marché de prédilection pour les jeunes niaméyeens férus de fringues et qui n’ont pas forcément de grands moyens. Chez Mahamadou, un revendeur de « Bosho », plusieurs mains s’activent et fouillent une montagne de vêtements. Une jeune femme extrait une robe noire, scrute le tissu, évalue la coupe, les finitions avant de lâcher l’affaire pour s’emparer d’un sac en cuir artisanal. Elle semble s’y connaître ! Pendant ce temps d’autres clients proposent des prix inférieurs aux propositions du revendeur. Dans ce tohu-bohu indescriptible, le marchandage est un sport favori. Tout le monde veut faire la bonne affaire.

Les marchés de friperie sont aussi de vraies cavernes d’Ali Baba pour les créateurs. « On vient s’inspirer ici de la coupe d’un manteau, là d’un imprimé, de la forme d’un col, du positionnement des boutons sur une robe », explique une jeune Hannah une jeune passionnée de la mode. « Les habits sont souvent de meilleure qualité que ceux que l’on trouve aujourd’hui dans les prêts à porter. En plus ce qui me plait avec la fripe c’est que tu ne trouves pas une autre tenue pareille ailleurs » confie Sakina une adepte de la friperie, qui raconte aussi pour sa petite histoire : « je m’étais rendue dans une boutique de prêt-à-porter pour acheter une robe. Au cours de la soirée pour laquelle j’ai acheté cette robe je croise trois autres filles qui portent la même. Depuis cela je préfère la fripe, elle te rend unique ». La jeune dame a un style qu’elle revendique. « S’habiller, c’est raconter une histoire ! C’est un état d’esprit.  Je préfère mettre un peu de poésie dans mon quotidien et cela passe par une façon bien à moi de me vêtir ».

Pour se procurer d’une belle tenue dans la fripe, il faut en effet savoir faire preuve de patience. Prendre le temps de fouiller est l’une des clés. Ensuite, pour bénéficier des arrivages réguliers, il est préférable de se rendre plusieurs fois en boutique. Et ne pas hésiter à essayer, vérifier l’état du tissu avant de conclure la vente. « Ce ne sont pas les marques qui orientent mes choix » raconte Sakina avant d’ajouter que « je préfère m’attacher à la couleur, à la beauté du tissu, à la coupe et aux finitions ». Cette dernière achète en moyenne une vingtaine de vêtements ou accessoires par mois pour des tarifs qui varient entre 250Fcfa et 15.000 Fcfa. Elle conserve dans son dressing les vêtements exceptionnels qu’elle a plaisir à porter.

Selon les commerçants, le prix de la balle de vêtements qui représente l’unité d’achat et de revente des grossistes varie selon le type et la provenance. Ainsi, une balle de robes coûte 80 000 francs CFA, tandis que les vestes peuvent aller jusqu’à 140 000 ou 170 000 francs CFA la balle. Les pantalons en jean sont entre 75 000 et 80 000 francs CFA la balle et ceux en tissus entre 120 000 et 125 000 francs CFA. Les chemises à manches courtes sont vendues aux alentours de 120 000 francs CFA quand celles avec col et à manches longues vont de 160 000 à 170 000 francs CFA. « Pour bien gagner avec la fripe, l’idéal est de s’installer dans un lieu où il y a beaucoup de passage », affirme Abdoulaye « maï Bosho », revendeur. Les gains peuvent atteindre « 100% de la valeur investie », confie un autre revendeur.

Si naguère la friperie était considérée comme la chance offerte aux pauvres de s’habiller, aujourd’hui la clientèle s’est élargie. En effet beaucoup ont fini par comprendre que certains magasins de prêt-à-porter qui se donnent des noms occidentaux pour faire rêver les jeunes en quête d’exotisme, s’approvisionnent chez les grossistes en friperie. Il suffit de faire un tour au pressing, de donner quelques jets de parfum aux habits et de les envelopper soigneusement dans des emballages respectables, pour réussir son coup de « trompe-gaou ». Alors on peut vendre à six mille francs CFA une chemise achetée à six cent francs CFA chez le grossiste.

Petit conseil : si vous achetez directement votre tenue dans une friperie, n’oubliez pas de la laver et de la désinfecter avant de la porter.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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