Réserve de Termit et Tin-Toumma : le business d’abord, l’environnement passe après !

Depuis plusieurs jours, une pétition lancée par l’ONG nigérienne Jeunes volontaires pour l’environnement (JVE), circule pour faire stopper un deal entre le gouvernement nigérien et la société chinoise, China National Petroleum Corporation (CNPC). Au cœur de ce bras de fer, la préservation de la plus grande réserve naturelle d’Afrique située à l’est du Niger, menacée d’être déclassifiée pour permettre la mise en route d’un projet pétrolier.  

Pour le gouvernement nigérien, il s’agit de respecter les termes de l’accord de partage de production signé il y a 10 ans avec la société chinoise China National Petroleum Corporation (CNPC). Visiblement, l’heure à sonner d’installer d’autres rotors de forage et autres équipements pour poursuivre l’exploration. Le 26 juin dernier en effet, le Conseil des ministres présidé par le chef de l’Etat Issoufou Mahamadou, a décidé du « déplacement des limites de la réserve » sur près de 45000 Km2. Cette décision vient à contre-courant de la tendance mondiale plus portée vers la protection de l’environnement. Les questions écologiques et de protection des espèces menacées d’extinction font l’objet de nombre de rencontres internationales auxquelles prennent pourtant part les autorités nigériennes.  

La réaction des ONG de défense de l’environnement ne s’est donc pas fait attendre.  Jeunes Volontaires pour l’Environnement soutenue par l’ONG française Noé qui a obtenu depuis neuf (9) mois, la gestion Termit et Tin-Toumma, a aussitôt lancé une pétition en ligne pour demander la « reclassification de la plus grande réserve naturelle d’Afrique ». Créée en 2012, à cheval entre les régions d’Agadez (nord), de Zinder (centre-sud) et de Diffa (sud-est), Termit et Tin Toumma est considérée comme la plus grande réserve terrestre d’Afrique. Elle abrite 130 espèces d’oiseaux et 17 espèces de mammifères, dont des espèces protégées et menacées : gazelle dama, addax, guépard saharien, mouflon à manchettes, selon les services nigériens de l’Environnement. Une centaine de variétés de plantes y a également été répertoriée par l’université de Niamey. C’est pour préserver cette biodiversité que JVE a lancé sa pétition en ligne qui sur un objectif de 50 000 signatures en a déjà à ce jour, recueilli 40 000.   

La préoccupation est en effet grande car informe l’ONG Noé, « ce déclassement entraînerait la disparition de certaines espèces très menacées, comme l’addax » (une espèce d’antilope) ». Pourtant au sommet de l’Etat, on n’en démord pas. « Une partie du périmètre de la réserve empiète sur les blocs pétroliers d’Agadem attribués à CNPC…ses limites seront déplacés », lisait-on déjà dans le communiqué du Conseil des Ministres du 26 juin dernier. CE mardi sur les ondes de la radio RFI, le ministre nigérien de l’Environnement et du Développement durable, Almoustapha Garba, en remet une couche « « La réserve n’a pas été abandonnée, les limites ont juste été revues de manière à respecter cet engagement antérieur de ne pas prendre des mesures particulières sur l’espace qui a été concédé en termes d’exploration. ». Il se veut pourtant rassurant « Nous avons des lois sur la préservation de nos espèces fauniques et les Chinois sont tenus de les respecter… il y a un cahier des charges qui est imposé au partenaire en question. Les Chinois sont tenus de se conformer à cela et ils sont d’accord », précise le membre du gouvernement.

Des concertations sont prévues prochainement pour concilier les points de vue entre les ONG, le gouvernement et l’entreprise chinoise. Il s’agira de trouver une saine cohabitation entre les espèces protégées et les puits pétroliers. C’est de toute évidence pas l’environnement qui sortira gagnant de ces discussions.

Waliyullah Tajudeen pour Niameyinfo.

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