AICHA MACKY, LA VOIX DES FEMMES NIGÉRIENNES

Elle est aujourd’hui une figure connue et reconnue au Niger. Elle excelle comme cinéaste. Derrière son sourire et son humilité se dissimulent l’énergie, le courage et la détermination d’une jeune femme prête à en découdre avec les tabous de son pays. Son audace fait d’elle, une leader désormais incontournable au Niger et en Afrique.

Une cinéaste leader et rigoureuse.

Symbole du leadership féminin aujourd’hui, Aicha Macky Kidy pense déjà à se présenter aux élections législatives de 2021 au Niger. Un choix logique puisqu’elle a bénéficié déjà du prestigieux programme américain YALI (Young African Leaders Initiative) et du programme français PIPA (programme d’invitation de Personnalités d’avenir). Des reconnaissances qui s’inscrivent dans la continuité du combat mène depuis quelques années à travers son cinéma militant. La cinéaste et sociologue fait désormais partie des jeunes personnalités connues du Niger. En plus de faire des films sur des thématiques féminines qui trouvent un écho au niveau national et international, elle encadre, forme, conseille, motive et inspire les femmes de son pays. Dans le contexte local du Niger marqué par de nombreux tabous et des lourdeurs culturelles et traditionnelles qui place les femmes au second rang dans la société, la cinéaste a fait du combat pour l’émancipation de la Femme son cheval de bataille. Elle a appris à travailler avec rigueur depuis sa tendre jeunesse. Elle a très tôt commencé à prendre la parole pour les autres depuis le lycée de sa région. Voici les signes prémonitoires d’un leadership qu’elle exerce aujourd’hui par son activité de cinéaste. Macky parle, s’exprime, expose et défend ses idées autant que ses films. C’est ce qui explique son engagement dans plusieurs milieux associatifs qui prônent l’égalité de genre, l’éducation de la femme et la santé de reproduction.

Une vie intime difficile mais source d’inspiration

Ses convictions viennent de loin. Malgré la chance qu’elle a eu de faire des études, Macky a rencontré des difficultés dans sa vie intime et familiale. N’ayant pas pu avoir d’enfants au sein de son couple elle s’est vue renvoyer l’image que la société nigérienne expose aux femmes non mères comme étant « hors normes sociales ». C’est aussi ces difficultés qui ont constituées le socle de son énergie, le fondement de son combat et le moteur de ses convictions. Elle ne s’est pas laissé abattre mais au contraire a réussi à transformer les obstacles en opportunité. La situation qu’elle traversait était similaire à celle des milliers de femmes nigériennes ne bénéficiant d’aucune liberté d’action et d’expression car dominées par le poids des traditions et l’ignorance de leur droits. Sa filmographie illustre cette trajectoire Moi et ma maigreur, savoir faire le lit et l’arbre sans fruit sont tous des films intimes qui parlent de la Femme nigérienne. Aicha Macky parle d’elle pour parler des autres. Sa vie intime au départ difficile est devenue aujourd’hui une abondante source d’inspiration, un réservoir thématique dans lequel elle puise pour parler au monde.

Un parcours brillant et des choix décisifs

Elle a donc choisi d’exprimer sa douleur qui est aussi celle des autres en faisant des films dont le plus culte est sans doute l’arbre sans fruits. Un titre fort symbolique qui nous renvoie à la sagesse ancestrale africaine en interrogeant chacune de nos consciences : L’arbre sans fruit est-il inutile ? A chacun de se faire une idée. La caméra, elle s’en sert comme une arme lui permettant de prolonger la démarche sociologique qui lui semblait limitée dans le temps et dans l’espace. Aujourd’hui, elle met toutes les compétences acquises au Master en réalisation documentaire de l’université Gaston berger du Sénégal au service de l’éducation, de la formation au cinéma, de la sensibilisation, de la promotion de l’égalité des genres dans son action et surtout son discours cinématographique. L’image lui permet de traverser rapidement les frontières nigériennes et s’adresser à un plus vaste public. Au Niger, elle tente de sensibiliser les millions de femmes qui souffrent en silence, déconnectées de la modernité ambiante, plongées dans l’ignorance de leurs droits, surchargées des devoirs archaïques que leur impose le pouvoir masculin. Intelligente, intellectuelle et cultivée, son parcours académique et professionnel de sociologue et de cinéaste fait d’elle une femme forte et épanouie qui a les moyens de ses ambitions.

Une travailleuse acharnée, libre et humaniste

Ce que je garde d’elle après une longue année de collaboration à Saint- Louis du Sénégal lors de notre Master documentaire, c’est celui d’une femme libre qui ne se décourage pas devant l’échec et qui parle avec franchise et vigueur. Une humaniste qui se soucie beaucoup des autres, toujours prête à partager, à échanger et à contribuer à tout ce qui peut être utile. Sa détermination lui permet de fédérer, de convaincre et de mobiliser d’avantage tant au niveau national qu’international. Au Niger, elle est constamment sur le terrain pour promouvoir les valeurs de solidarité et du vivre ensemble. Toujours à l’écoute, sa force et son inspiration viennent de la première épouse de son père, n’ayant pas connu sa mère, décédée alors qu’elle avait cinq ans. « Elle m’aidait à mémoriser les cours alors qu’elle ne savait pas lire. Elle me faisait répéter quand je buttais sur les mots. Je m’en suis rendue compte quand j’étais en CE2. Elle m’a confié alors qu’elle regrettait de ne pas être allée à l’école. C’est avec cette femme que j’ai compris la force de la femme. »

Une femme ouverte, équilibrée et ambitieuse

Ouverte au débat elle mène un activisme sobre mais efficace qui séduit même le gouvernement. Elle a déjà obtenu une grande reconnaissance de la part des autorités pour son engagement dans l’autonomisation des femmes à travers des formations et le mentorat à l’attention des jeunes filles et des femmes. Ambassadrice de Oasis un centre incubateur pour les femmes, elle fait partie d’une équipe qui encadre des jeunes qui s’intéressent au cinéma.

Celle qui a commencé à prendre la parole au nom des jeunes à l’âge de 6 ans à travers une chanson, « hymne aux scolaires de ma région » est aujourd’hui chevalier des palmes académiques du Niger et chevalier des Arts et des lettres de la République Française. Invité dans de nombreux festivals de cinéma, conférences, séminaires internationaux, étoiles de la SCAM (Société civile des auteurs multimédias), vainqueure d’une quarantaine de prix et trophées avec son film l’arbre sans fruit, plusieurs titres et distinctions honorifiques, la jeune femme originaire de Zinder au Sud du Niger communique l’image d’une femme moderne respectueuse des valeurs traditionnelles. Fière d’arborer des tenues traditionnelles lors d’évènements internationaux, elle est devenue une véritable ambassadrice du Niger qui a su trouver un équilibre entre tradition et modernité, respect des valeurs culturelles et défense des droits des femmes.

L’arbre sans fruit a changé le regard sur les femmes d’Afrique et du monde qui n’arrivent pas à procréer. Mais les chantiers de la sensibilisation sont nombreux ; éducation, sexualité, égalité… les projets d’avenir de Macky trouveront certainement encore plus d’écho que le premier. Comme elle aime si bien le dire « A travers le cinéma, je traite les non-dits de nos sociétés, les sujets dits ‘‘sacrés’’, inviolables ou sensibles. Je suis la briseuse de tabous ».

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