Niger/Tourisme : « l’insécurité va gangréner la zone au point de voir… des groupes djihadistes…coloniser cette partie de notre territoire national » Dixit le DGA du Parc W

Le Niger malgré sa grande diversité biologique ne dispose que d’un seul parc national, le Parc Régional du W, une grande forêt qui s’étale entre le Burkina Faso, le Niger et le Bénin. Depuis un long moment, le parc du W, est devenu un couloir de trafic et de banditisme. En dehors de la capitale, Kouré était l’un des rares endroits où s’aventuraient encore des étrangers pour y observer les derniers troupeaux de girafes de la région. L’assassinat de six Français et de leurs deux guides Nigériens le 9 août 2020 a sonné la fin du tourisme dans la région, et de revenus vitaux.

Le parc du W constitue une véritable attraction touristique au Niger. Avec sa réserve naturelle de Kouré, ils avaient été un certain moment relativement épargné par l’insécurité ambiante. Cette situation a poussé le gouvernement à placer la région de Tillabéry, frontalière avec le Burkina Faso et le Mali dans la zone dite des trois frontières, en état d’urgence avec couvre-feu et interdiction de circulation des motos. Les risques d’attaques terroristes et d’enlèvements sont trop importants ainsi que ceux des braconniers.
Selon le Directeur adjoint de la faune, de la chasse, des parcs et réserves, le lieutenant-colonel Hamissou Halidou Malam, le contrôle du parc W qui est actuellement dans une situation difficile avec l’insécurité qui sévit, est sous l’aile de plusieurs unités. « Le Parc W du Niger dispose d’une Unité de Gestion de l’Aire Protégée (UGAP) dirigée par un conservateur. Il est appuyé dans cette tâche de gestion pour accomplir sa mission, par trois (3) Sections dont celle de la Protection et Surveillance de l’Aire Protégée pour la Lutte Anti-Braconnage (LAB) et qui assure l’intégrité territoriale du parc » indique le directeur. Pour se faire, le Parc Régional du W du Niger dispose d’un effectif conséquent en éléments pour réduire cette pression. Ces derniers comportent notamment des « agents des Eaux et Forêts ; rangers (éléments spécialement formés pour la Lutte-Anti Braconnage) ressortissants pour l’essentiel des villages riverains du parc ; écogardes et Bénévoles tout comme les rangers sont utilisés sous forme de pisteurs et d’accompagnateurs, lors des missions de protection et surveillance, et au niveau des postes de contrôle avancés pour assurer la garde des installations dans le parc W ».
Quant à la lutte anti-terroriste contre les groupes djihadistes, Hamissou Halidou Malam informe que le Parc Régional du W du Niger bénéficie de « l’appui substantiel d’un détachement des Forces Armées Nigériennes (FAN) de l’opération « Saki » basé à la Tapoa, entrée officielle du parc. Celui-ci est aussi appuyé par les éléments de la Garde Nationale du Niger (GNN) et de ceux de la Gendarmerie Nationale (GN) qui gardent des positions à Tamou, situé à environ 50 km du parc W ». A cet effet, au niveau des autres aires protégées dont entre-autres, la Réserve Partielle de Faune de Dosso (RPFD), la Réserve Totale de Faune de Tamou (RTFT), la Réserve Naturelle Nationale de l’Aïr et le Ténéré (RNNAT), la Réserve Naturelle Nationale du Termit et du Tin – Toumma (RNNTT) et la Réserve Totale de Faune de Gadabédji (RTFG), hormis les rangers, le système et dispositif de protection et surveillance est quasi le même.
Concernant les risques environnementaux auxquels la zone s’expose à long terme, le directeur souligne que « l’un des premiers défis avant les risques environnementaux, est l’insécurité grandissante qui menace la quiétude des populations locales de la zone » avant d’ajouter que « tout le monde sait qu’il y a une corrélation entre l’orpaillage ou les industries extractives et le financement du terrorisme. Aussi longtemps que ces exploitations minières vont perdurer, il est à craindre que l’insécurité va gangréner la zone au point de voir l’installation des groupes djihadistes et les Khatibas coloniser cette partie de notre territoire national avec les conditions du milieu qui leur sont favorables ».
Rappelons que le Niger abrite la dernière population des girafes d’Afrique de l’ouest. Pour sécuriser cette population de girafes qui de 56 individus en 1996, atteignent aujourd’hui environ 700 individus, selon le directeur « depuis les années 2000, des actions sont engagées par la Direction Générale des Eaux et Forêts (DGEF) à travers sa direction technique, la Direction de la Faune, de la Chasse, des Parcs et Réserves (DFC/PR) pour la protection et conservation de cette espèce. Aussi un processus de création d’une Aire Protégée faunique a été engagé afin de sécuriser l’espace où ces girafes évoluent ». « Une translocalisation d’un groupe de huit (8) girafes sur 20 individus prévus a été réalisée dans la Réserve Totale de Faune de Gadabédji (RTFG). Cette opération a été préconisée par la stratégie de conservation des girafes d’Afrique de l’ouest présentes au Niger qui vise à sécuriser les gènes, et prévenir d’éventuelles maladies pouvant décimer le cheptel en cas d’épizooties. L’autre objectif de la translocalisation est d’anticiper sur les conflits Homme/Faune qui pointent à l’horizon avec l’augmentation de l’effectif de la population humaine et des girafes, et la dégradation du milieu où elles évoluent » poursuit Hamissou Halidou Malam.
La réserve naturelle de ces girafes était devenue presque « un îlot de sécurité » et, bien que le risque zéro n’existe pas, des Nigériens et des expatriés continuaient à affluer pour quelques moments de détente, surtout les week-ends, afin d’admirer les beaux paysages et surtout avoir la chance de faire quelques selfies avec les majestueuses girafes, les dernières en liberté en Afrique de l’Ouest. Il a fallu ce jour du dimanche 9 août 2020 pour que tout bascule avec cette attaque terroriste qui va pendant longtemps impacter le pays et surtout les populations locales. C’est un coup dur pour le secteur touristique du pays en général, et pour l’économie locale en particulier. À tout point de vue, c’est l’un des objectifs visés par les assaillants.
En s’aventurant jusqu’à Kouré pour commettre ce que le président Issoufou Mahamadou a qualifié d’ « attaque lâche et barbare », à quelques kilomètres de Niamey, les terroristes ont également démontré qu’ils sont toujours capables de frapper partout dans le pays malgré le déploiement massif des FDS (Forces de défense et de sécurité) et des forces étrangères alliées comme les soldats des forces françaises de l’opération Barkhane. C’est d’ailleurs de la même manière qu’ils ont procédé dans le parc du W et celui de la Pendjari au Bénin, avec les conséquences que l’on sait aujourd’hui.
En attendant que la tension politique actuelle se mette en mode arrêt, espérons que le futur président du Niger engagera des actions concrètes contre ces attaques récurrentes, pour ainsi permettre aux populations de retrouver la quiétude et de reprendre les activités génératrices de revenus.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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