Niger /Black-out : privés d’internet, des acteurs de la société civile portent plainte contre l’Etat et les opérateurs de télécommunication

Suite aux violentes manifestations survenues dans certaines villes du Niger après la proclamation des résultats provisoires du deuxième tour de la présidentielle du 21 février 2021, les autorités ont décidé du blocage de l’internet sur une grande partie du territoire depuis la nuit du mardi 23 février 2021. Cette restriction a suscité l’indignation de nombreux consommateurs. Pour les associations de la société civile qui ont porté plainte à l’encontre de l’Etat et des quatre (4) opérateurs, il s’agit d’une grave violation du droit à l’information.

A Niamey et dans les grandes villes du Niger, hormis quelques sociétés ou particuliers disposant de la Connexion Wi-Fi, les populations n’ont plus accès à internet, il y a de cela sept (7) jours maintenant. Il est vrai qu’en général les manifestants s’organisent en ligne grâce à Internet. Les appels à manifester partent souvent de la toile. Et pour répondre à cela le gouvernement a bloque l’accès à internet sur tout ou une partie du pays avec le secret espoir, peut-être, de se débarrasser de leurs problèmes. « Les autorités ont décidé cette restriction d’internet pour contenir la situation en empêchant la circulation des messages de haine sur les réseaux sociaux » déclare un proche du régime.

En effet, en temps de crise, les gouvernements ont de plus en plus recours aux suspensions des services d’Internet, affirmant qu’elles sont nécessaires pour garantir la sécurité du public ou lutter contre la désinformation. Pourtant, ces mesures sévères s’apparentent moins à des interventions tactiques qu’à une forme de punition collective. Désactiver Internet, c’est limiter la capacité de chacun à s’exprimer librement. L’économie en souffre, les journalistes ne peuvent plus télécharger les photos et vidéos dont ils ont besoin pour documenter les excès et abus du gouvernement etc. Selon une étude réalisée par un chercheur du Stanford Global Digital Policy Incubator, le blocage de l’accès à Internet serait en fait « contre-productif dès qu’il s’agit de décourager les incidents violents », l’étude a de fait permis de constater que « la violence quadruplait en cas d’interruption du réseau par rapport aux cas où Internet restait accessible ».

Dans un post sur twitter, Ali Idrissa Nani, coordinateur du ROTAB, une association de défense des droits humains qui fait partie de celles qui ont porté la plainte, a annoncé que « nous avons décidé de porter plainte contre l’état du Niger et les compagnies de téléphonie pour privation du droit à l’information, la communication et du travail. Aucune possibilité de travail des agences bancaires. Le Niger viole les droits humains ». « En plus de la communication qui est devenue difficile, la restriction s’étend aussi à certains endroits aux réseaux téléphoniques, le blocage d’internet impacte sérieusement les activités socioéconomiques avec des agences de transfert d’argent et des entreprises qui ne travaillent pas et des entrepreneurs qui ne savent plus à quel sain se vouer au regard des pertes déjà enregistrées » souligne le journaliste A.Y.B.

Les premiers jours suivant cette interruption, plusieurs associations nationales et internationales ont désapprouvé le choix des autorités qui constitue « une atteinte et une violation des droits humains ». Dans une déclaration, la Ligue des Blogueurs et Cyber-Activistes Africains pour la Démocratie (Africtivistes), a « vigoureusement dénoncé ce black-out qui remet en cause la transparence du processus électoral. Rien ne peut justifier qu’internet soit coupé si effectivement les choses se sont bien déroulées ».

De même, M. Jonathan Pedneault de l’organisation internationale Human Rights Watch (HRW) a exhorté « le gouvernement à restaurer l’Internet et à respecter les droits des manifestants », tout en ajoutant que « Cette période post-électorale constitue un test crucial. Il devrait s’agir du premier transfert de pouvoir pacifique et démocratique au Niger depuis l’indépendance en 1960. Mais la contestation des résultats et des restrictions à l’accès à Internet menace aujourd’hui ce processus. Les partenaires internationaux du Niger devraient exhorter le gouvernement à prendre les bonnes décisions, notamment en levant les restrictions sur Internet, en enquêtant sur les allégations de fraude et en limitant l’usage de la force contre les manifestants au strict nécessaire ».

Malgré le calme qui s’est installé depuis le vendredi 26 février 2021 même si le contexte politique reste assez tendu, la situation ne s’est toujours pas débloquée et cela impatiente de plus en plus les nigériens.

Si les gouvernements décident des coupures de service, ce sont les fournisseurs d’accès à Internet qui les mettent en œuvre. Les entreprises justifient leur obéissance à ces injonctions par l’obligation qui leur est imposée de respecter les lois locales, sans quoi elles risqueraient de perdre leurs licences d’exploitation. Lorsqu’ils sont confrontés aux demandes des États de suspendre l’accès à Internet du plus grand nombre, les fournisseurs d’accès devraient à tout le moins, dans un souci de transparence, informer le plus largement possible leurs utilisateurs sur les mesures qu’ils imposent, ou interpréter les demandes qui leur sont faites de manière à limiter le caractère intrusif de telles restrictions.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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