En marge de sa rencontre mercredi à l’Elysée avec deux de ses homologues du G5 Sahel à l’invitation du Président français Emmanuel Macron, Mohamed Bazoum a accordé une interview au Figaro. Dans cet entretien le président nigérien revient sur le retrait des Forces Barkhane et Takuba du Mali et ne manquent pas d’égratigner les nouvelles forces en présence à Bamako, leur imputant la dégradation de la situation sécuritaire dans la région du Sahel.
Entre Niamey et Bamako, le torchon brûle depuis la survenance du coup d’Etat qui a vu Ibrahim Boubakar Keïta (IBK) être déchu du pouvoir. Entre les véhémentes déclarations de Mohamed Bazoum à l’encontre des actuelles autorités maliennes lors de sa première visite officielle à l’Elysée et celles de son Ministre des Affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, la tension est montée d’un cran entre les deux pays. Leurs histoires sont pourtant liées et leurs relations séculaires, ont toujours été empreintes de fraternité. Cette dernière sortie du président nigérien dans le FIGARO, ne risque pas d’arranger la situation. Mohamed Bazoum n’a pas été tendre avec la junte militaire au pouvoir à Bamako.
Sur l’annonce de la fin de Barkhane et Takuba au Mali, le numéro 1 nigérien dit la déplorer car ces forces « jouent un rôle très important dans la sécurisation du nord du Mali, si proche du Niger. Leur départ va créer un vide qui sera rempli par les organisations terroristes déjà très présentes dans cette région. Cela va être une menace qui hypothéquera toute la stabilité du Mali d’abord, puis celle du Niger et de la sous-région par effet de contagion ». A Paris, il a été ainsi décidé du redéploiement des forces internationales Takuba et Barkhane. De toute évidence, de nouvelles bases verront le jour au Niger et dans d’autres pays du Golfe de Guinée, comme le laisse entre Mohamed Bazoum « Cela conduira notamment à une forme de présence de ces forces au Niger et sur le territoire d’autres pays africains, un peu plus au sud, qui en feraient la demande. Au regard des développements récents au Bénin, il est clair que ces pays ont des besoins. Il est prévisible qu’un certain nombre de ces forces soient disposées dans ces régions face à ces nouvelles menaces, ainsi qu’au Niger, qui est déjà dans la tourmente ».
A la question de savoir quel regard portait-il sur les militaires au pouvoir au Mali, le président nigérien s’est un peu lâché : « Ces militaires sont arrivés au pouvoir en promettant une sécurisation du Mali. Je constate au contraire que, depuis qu’ils sont là, la situation s’est considérablement dégradée. Depuis le coup d’État, tous les postes militaires à la frontière du Niger ont été désertés sous la pression terroriste. Il n’y a plus d’armée malienne à la frontière du Niger, une zone littéralement occupée par les terroristes. Donc cette promesse ne s’est pas vérifiée. Les militaires ont aussi prévu d’organiser des élections en dix-huit mois. Puis, après seize mois au pouvoir, ils ont annoncé que ces élections n’étaient plus une priorité avant de présenter, à la demande de la Cédéao, une feuille de route où ils prévoient de rester au pouvoir pendant cinq ans. Tout cela indique, en vérité, que ce ne sont que des alibis pour exercer le pouvoir et en jouir, quitte à ce que la situation du Mali se dégrade dans tous les domaines. » Assimi Goïta, Choguel Maïga et autres, apprécieront.
S’agissant du sentiment anti-français qui prévaut dans certains pays du Sahel dont le Niger avec pour point d’orgue, le blocage d’un convoi de Barkhane, Bazoum a bémolisé : « C’était le 32e convoi de Barkhane et personne ne s’en rendait compte jusque-là. Subitement, lorsque la campagne que j’évoquais a atteint sa vitesse de croisière, il y a eu des Nigériens qui ont mobilisé des jeunes inconscients. Mais ce n’est pas représentatif d’une opinion, cela reste marginal. »
On peut dire sans se tromper que si la France perd la main au Mali et se voit obliger de retirer ses troupes, elle pourra compter sur le Niger et son président pour maintenir son influence dans la région du Sahel.
Waliyullah Tajudeen pour niameyinfo.