Les conflits armés au Sahel: lourd tribut pour les Civils face à une Force G5 Sahel au ralenti !

Après un semblant d’accalmie suite de l’apparition de la pandémie de Covid-19, les  échauffourées et exactions continuent de plus belles dans la région du Sahel. Au cours des derniers mois, les conditions de sécurité et la crise humanitaire se sont fortement dégradées dans la région des trois frontières (Burkina Faso, Mali, Niger). Récemment, le samedi 2 janvier dernier, des attaques lâches et abominables ont été perpétrées dans les villages de Tchombangou, Zaroumadarèye, et Toumour (Niger). A cela s’ajoute la probable décision de la France lors du prochain sommet France/G5 Sahel,  de réduire une partie des 5100 hommes de la force Barkhane présente dans la région. Une annonce faite alors même que les armées locales regroupées au sein du G5 Sahel sont loin d’être à même d’assurer la relève et de protéger leurs populations. En attendant, le bilan des victimes civiles s’alourdit à chaque incursion de bandits armées ou de groupes terroristes.  

Depuis quelques années, le Sahel est le théâtre d’un conflit sans frontières. Les lignes de fronts ne cessent de bouger, de nombreuses familles ont dû fuir à plusieurs reprises et sont en proie à différents types de fragilité. Ces fragilités risquent de devenir irréversibles car à chaque déplacement se crée une fracture supplémentaire dans la cohésion sociale et un affaiblissement des mécanismes de survie. Attaques des populations civiles et militaires, populations déplacées, activités économiques tournant au ralenti, vie chère… C’est le quotidien dans lequel végètent les populations du Sahel à cause de l’insécurité née du terrorisme.

Dans cette région, la violence armée, la pénurie alimentaire, l’absence ou la faible présence des autorités publiques ainsi que la crise économique ont entrainé le déplacement de plus d’un million de personnes, alors que d’autres ont fait le choix de rejoindre des groupes armés. Pour exemple, au Burkina Faso, le pouvoir des armes confronte la population à une violence sans précédent. Plus de 900000 personnes ont fui les combats, laissant derrière elles leurs foyers et leurs moyens de subsistance. Par ailleurs, des personnes arrêtées sont  portées disparues, des villages pillés, des hôpitaux et des écoles détruites. L’érosion du respect droit international humanitaire s’accompagne du retrait de l’administration publique et de ses services de base.

Depuis janvier 2020, les populations  sud-est et sud-Ouest du Niger,  traversent une période déplorable qui s’annonce longue et pénible. La persistance de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition dans la région, les conséquences socio-économiques des violences continues et les incessants déplacements de population plongent la région dans une situation de précarité chronique. Le témoignage d’un habitant du département de N’guigmi « C’est une situation catastrophique où vous avez des difficultés à vous nourrir, des difficultés d’aller et de venir. Aujourd’hui les conditions sont extrêmement difficiles. La population vit une psychose générale à cause des attaques aux alentours de N’Guiguimi. Les agriculteurs et les éleveurs n’ont rien et il n’y a pas là où ils vont cultiver. S’il y avait où cultiver, on ne va pas attendre la vente à prix modéré ».

Selon les rapports d’ACLED « entre le dernier trimestre de 2019 et le premier trimestre de 2020, le nombre d’incidents violents a quasi doublé, passant de 402 à 709 au Mali, au Burkina Faso et au Niger, et ce malgré le covid-19 ».

La région du sahel est en proie au manque de solutions politiques pour apaiser les tensions et créer un espace propice au développement de l’humain. « Rien n’est pire pour un berger que de perdre toutes ses bêtes et de dépendre des aides », confiait Maina, un éleveur de la région de Diffa au Niger. Le manque de perspectives d’avenir est comme une sentence pour les populations, qui risquent à nouveau d’être prises au piège dans ce conflit.

Trois ans après son lancement, La force du G5 Sahel soulève de nombreuses questions et peine à trouver sa place dans l’embouteillage sécuritaire. Pour rappel, créée en février 2017, la force conjointe du G5 Sahel est une force de nouvelle génération dans un espace sahélien où se bousculent des initiatives militaires et diplomatiques parfois concurrentes. Il ne suffira pas de fournir des armes et de l’argent pour résoudre les crises sahéliennes. Pour atteindre ses objectifs, la force doit gagner la confiance des populations et des puissances régionales et obtenir leur soutien.

Pour la journaliste  Marie-France Cros cette force a été « sans guère de succès jusqu’ici en raison de la médiocrité des armées locales qui doivent former cette force, à part l’armée tchadienne, et de l’ambiguïté de leurs gouvernements, peu désireux de renforcer une institution qui pourrait prendre le pouvoir , comme elle l’a fait au Mali en août dernier ». Avis qui diffère un peu de celui du Général Oumarou Namata du Niger qui a été nommé commandant de la Force Conjointe du G5-Sahel  en juillet 2019, qui confie que « …Notre principale fierté, c’est que malgré la faiblesse de ses moyens, la force conjointe a su mettre en œuvre un certain nombre d’opérations, pour marquer sa présence et sa détermination à poursuivre la mission à elle confiée » .

Des actions qui n’ont pas suffisamment  convaincu la France qui va peut-être « réduire les effectifs de sa forte anti djihadiste Barkhane au Sahel » selon Florence Parly, la ministre française des Armées. Et une France qui n’hésita pas de montrer son mécontentement face à la négociation et à la libération de 200 terroristes par les militaires au pouvoir à Bamako en octobre 2020. « On les arrête, ils les libèrent » confie Florence Parly tout en ajoutant que « au moins 29 des détenus libérés avaient été arrêtés, souvent au risque de leur vie, par les militaires français, qui n’ont pas caché leur amertume. Plus généralement, Paris est opposé à des négociations avec les djihadistes, au contraire de Bamako et de l’Union africaine. Une différence de plus en plus difficile à assumer »

En effet, sans se désengager complètement du sahel, la France et les autres pays européens présents dans cette région tentent de limiter leur présence militaire au sol et de diminuer le coût financier de leurs opérations extérieures en délèguent une partie de celles-ci à leurs partenaires africains et à des drones. Pour la France, le Sahel est une région stratégique pour leurs intérêts économiques et politiques. Elle est aussi surtout perçue comme une menace potentielle pour sa propre sécurité, et une source de migration et de terrorisme. Les Etats Africains quant à eux, ne font plus confiance à leurs propres organisations régionales et continentales pour garantir leur sécurité, donc de nouvelles pistes en matière de défense collective seront probablement expérimentées.

Quant à lui, le Niger est désormais  parmi les 70 pays qui exploitent l’Hercules C-130.  Sa  réintégration à la flotte aérienne, permettra aux forces de défenses et de sécurité, de continuer « de s’imposer comme un modèle à la fois pour l’efficacité opérationnelle sur le champ de bataille, et pour le professionnalisme avec lequel vos aviateurs et soldats affichent dans et hors de l’uniforme. Ces deux facteurs sont également importants pour vaincre les menaces auxquelles le Niger est confronté aujourd’hui » souligne l’Ambassadeur Eric P. Whitaker à l’occasion de la cérémonie d’arrivée du C-130 à la base aérienne 101.

Pour une situation sécuritaire qui reste « volatile » en raison des effroyables violences, ce nouvel outil ne saura suffire. Une implication plus efficace  du G5 Sahel doit se faire ressentir. Car les populations victimes ont du mal à joindre les deux bouts malgré les efforts conjugués de l’Etat et de ses Partenaires. C’est le cas d’une veuve se trouvant sur un des sites des réfugiés de Kabaléwa, dont le mari a été tué et ces trois enfants enlevés par les combattants de  Boko Haram. Elle est désormais seule à élever sept enfants. Selon cette dernière, « une fois on nous a donné 15 milles francs, après, plus rien. Je n’ai pas de mari. C’est Dieu qui me nourrit », en attendant des lendemains meilleurs.

L’action humanitaire reste pour l’instant la seule action concrète pour pallier les conséquences des mouvements de population. La réponse sécuritaire ne peut suffire à elle-même, des efforts de développement doivent aussi être engagés.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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