Le détournement de l’aide financière relève des élites (politiciens et bureaucrates au pouvoir) des pays concernés selon une étude réalisée récemment par la Banque Mondiale intitulée «L’aide financière accaparée par les élites ». Au fil des années, la Banque Mondiale, l’institution dont l’objet est de financer des projets de développement et de fournir des aides budgétaires aux pays en développement, s’est souvent interrogée, notamment quant à l’efficacité de l’aide publique au développement.
Sur les 22 pays sur lesquels ont porté cette étude, 18 sont africains et parmi eux figurent le Niger. Le pays dirigé par Issoufou Mahamadou est de tout temps indexé dans différents rapports par le degré élevé de corruption et de malversations financières qui y prévaut.
Il ressort en effet de cette étude réalisée par trois économistes du département de recherche de la Banque mondiale que les fonds alloués au développement des pays concernés (l’Afghanistan, l’Arménie, le Burkina Faso, le Burundi, l’ Erythrée, l’Ethiopie, le Ghana, la Guinée Bissau, la Guyane, la République du Kirghize, Madagascar, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, le Niger, l’Ouganda, le Rwanda, Sao Tomé et Principe, la Sierra Leone, la Tanzanie et la Zambie) font l’objet de détournement et d’enrichissement des élites comme le révèle cette étude (Elite Capture of Foreign Aid) de la BM.
En moyenne 5% de l’aide financière octroyée par la Banque mondiale aux 22 pays dépendants de l’aide (aide annuelle supérieure à 2% du PIB) couvert par l’étude se retrouvent dans des paradis fiscaux. Mais ce taux monte à 15% pour les pays fortement dépendants de l’aide (aide annuelle supérieure à 3% du PIB), soit 7 pays de l’échantillon.
C’est dans cette dernière catégorie que se situe le Niger. Ce qui lui a surement valu la place de 120e sur les 180 pays considérés selon le classement mondial annuel de l’indice de perception de la corruption de Transparency International (Ti). La population pointe de doigt le manque criard d’une volonté politique à cadrer et punir ceux qui se sont amusés avec les biens publics.
« Notre estimation clé suggère que pour une aide équivalente à 1% du PIB, les dépôts dans les paradis fiscaux progressent de 3,4% … avec un taux de fuite moyen implicite d’environ 7,5% » ont indiqué les chercheurs de la Banque mondiale.
L’étude fait savoir , que ce détournement de l’aide financière relève des élites des pays concernés. « S’il est plus difficile d’identifier le mécanisme précis par lequel les apports d’aide provoquent des sorties de capitaux vers les paradis fiscaux , la capture de l’aide par les politiciens et les bureaucrates au pouvoir est un élément saillant et plausible ».
Pour réaliser cette étude, les auteurs ont croisé des données sur les décaissements de l’aide de la Banque mondiale et les dépôts étrangers de la Banque des règlements internationaux (BRI). « Nos résultats documentent de manière claire et solide que les décaissements d’aide sont associés à l’accumulation de richesse dans les comptes offshore ». Les sommes incriminés sont sûrement sous-estimées car l’étude ne prend en compte que les transferts vers des comptes off-shore « sans intégrer les possibles dépenses en immobilier ou en biens de luxe” estiment les auteurs.
D.A. pour Niameyinfo.