Les rebelles tirent sur tout ce qui bouge, ils massacrent, ils brûlent les maisons, le bétail…. Cette peinture que fait Janette Mbokani décrit la situation catastrophique en cours depuis des années à Béni au nord-est de la République Démocratique du Congo. Ces trois derniers mois, l’on chiffre à au moins 300, le nombre de civils tués par les rebelles. En cavale depuis 2016, Janette se retrouve avec son mari, bloqués au Niger sans pays de refuge malgré le statut de réfugié qu’ils détiennent. Dans cette interview, elle ne cache pas son agacement face à cette situation qui les a séparé de leurs enfants depuis lors.
Bonjour, vous êtes au Niger depuis 2017, pour quels motifs et pourquoi avez vous quitté la RDC ?
Nous avons quitté la RDC en 2016 à cause de la guerre qui se passe à Beni où nous vivons. On massacre les civils sans défense, des rebelles quittent d’autres contrées et viennent semer la terreur chez nous. Pour sauver notre vie, nous avons choisi de nous déplacer malgré nous.
Vous avez 37 ans, êtes-vous mariée ?
Je suis mariée et je vis avec mon mari ici. Lorsque la guerre a éclaté, nos 8 enfants (mon mari en avait 6 avant de me connaître) étaient chez leur oncle (le grand frère de mon mari) dans la même ville, mais nous n’avions pas les moyens de nous rassembler avant de fuir.
L’oncle a donc récupéré les enfants avec les siens et est parti les mettre à l’abri, le temps de retourner chercher d’autres enfants qui lui sont proches. Il fut malheureusement tué à son énième voyage par les rebelles.
Pendant ce temps, nous aussi étions en cavale, nous sommes passés par la Centrafrique, nous avons traversé beaucoup de pays et nous avons trouvé refuge à Bamako au Mali.
Entre temps, nous n’avons aucun contact, aucune nouvelle des enfants. Ce n’est qu’après des recoupements que nous avons appris qu’ils vivent au Maroc, mais là aussi nous n’avons aucune nouvelle jusque là de comment ils vivent, des conditions dans lesquelles ils sont.
C’est alors que Nous avons donc décidé de continuer la route pour rejoindre le Maroc.
De Bamako à Arlit, racontez-nous ce qu’il s’est passé sur le trajet
De Bamako, on nous a dit que si nous arrivons à Arlit, de prendre les passeurs pour nous diriger dans la traversée du désert jusqu’à Tamanrasset. Donc, nous avons pris le bus direct et nous sommes arrivés à Arlit. Nous avons payé 57.000 Fcfa chacun. Arrivé à Arlit, nous avons eu des informations sur la dangerosité du désert. Nous nous sommes donc résolus à ne pas prendre de risque.
D’accord, vous êtes au Niger depuis 2017 et c’est quoi votre objectif ? Trouver un moyen sûr pour rejoindre les enfants ou retourner au pays ?
Pour nous, il n’est pas encore question de retourner au pays. Les rebelles tirent sur tout ce qui bouge, ils massacrent, ils brûlent les maisons, le bétail et nos maisons sont toutes saccagées.
Donc, lorsque nous étions venus en 2017, nous étions partis au Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) qui nous avait hébergé jusqu’à récemment et nous avions demandé un refuge pour raison de guerre dans notre pays.
Lorsque les résultats de notre réinstallation sont sortis, nous avons fait une interview avec des responsables du HCR en 2018 avec succès. Mais, nous ne comprenons pas que depuis lors, nous soyons encore ici au Niger et qu’on ne nous dise pas encore le pays qui va nous accueillir. Malheureusement personne n’arrive à nous expliquer cela.
Et puisque nous avons maintenant un statut de réfugié (pas au Niger, il restait qu’on nous communique le pays d’accueil), nous avons dû libérer le camp du HCR où nous étions logés parce que c’est la procédure. Voilà que nous sommes dehors et livrés à nous-mêmes. Mon mari, Ingénieur de son état, ne trouve pas de travail ici. Il n’y a pas à manger, on va vivre comment ? Nous ne sommes même pas en contact avec nos enfants et tout est embarrassé pour nous.
J’aimerais faire du commerce, mais nous n’avons pas les moyens.
Comme si cela ne suffisait pas, mon mari est tombé malade et souffre d’un problème lié au nerf sciatique. C’est très dur pour nous. Au HCR, on nous dit que leur part de mission est remplie et que c’est la protection qui ne nous donne pas notre pays de refuge. Pourquoi ? Nous n’avons aucune réponse non plus.
Interview réalisée par Guevanis DOH, Journaliste – Consultant sur les questions migratoires