Par voie de communiqué daté du vendredi 19 avril dernier, la Municipalité de la Ville de Niamey interdisait la pratique de la mendicité à certains endroits de la capitale nigérienne. Elle motive cette décision par les dérives constatées dans le secteur. Mais serait-ce si aisé d’éradiquer le phénomène?
Elle est visible à tous les coins de rues de Niamey. Que ce soit des enfants avec les bols accrochés aux vitres des voitures, ou des personnes âgées assises à même le trottoir demandant l’aumône, la mendicité s’est incrustée dans tous les interstices de la capitale nigérienne et lui semble indissociable. Pourtant, la Municipalité a décidé de mener une offensive contre le phénomène. Dans un communiqué datant de vendredi dernier, les autorités de la ville de Niamey, ont indiqué qu’à la suite de réunions de concertation avec toutes les parties prenantes, il a été établi que ne peut mendier en vertu de la loi ou de la religion, que des personnes « dans une pauvreté extrême (handicapées, très âgées) ; très endettées ou ayant subi une catastrophe ». Mais là aussi, cette forme de mendicité n’est pas permise partout dans la ville et « doit être encadrée pour éviter les dérives » prévient-on. Ces trois catégories de mendiants sont sommées de se replier au niveau des lieux de cultes et autres centres sociaux.
Par conséquent, tous les autres types de mendicité notamment celle des enfants, la plus répandue, sont strictement interdits dans les rues, les carrefours et autour des magasins et autres places publiques. Dans le cas des mineurs des peines de prison allant de six (6) mois à un (1) an sont encourues par les parents ou tuteurs. Des contrôles seront effectués de jour comme de nuit à partir du 1er par la Police nationale pour veiller au respect de ces dispositions et tout contrevenant sera soumis à la rigueur de la loi, informe la Ville de Niamey. Les usagers de la route sot priés de ne pas encourager la mendicité en donnant l’aumône aux endroits où elle est interdite.
Et si c’était une mission impossible ?
Si le communiqué signé du Maire de Niamey, Mouctar Mamoudou, n’en fait pas mention, il ne fait aucun doute que cette décision est liée à la tenue prochaine dans la capitale nigérienne du 33ème Sommet de l’Union Africaine en juillet prochain. Pour les autorités nationales, il s’agit de montrer un autre visage ou plutôt de cacher ce pan de la principale ville du pays. Mais cela est-ce seulement possible ? on ne pourra pas comme par magie faire disparaître des milliers de mendiants de Niamey. Pour de nombreux observateurs, la Municipalité se lance dans une mission impossible tant la mendicité est ancrée dans les mœurs et que de nombreuses personnes en profitent voire en vivent. Pour ne pas les citer, certains marabouts sous le couvert de l’apprentissage du Coran aux enfants, en ont fait un véritable business et ne sauraient lâcher leur filon si facilement. Des familles entières quittent des villes et villages de l’intérieur du pays pour venir s’installer dans la capitale dans le seul but de mendier. C’est une affaire bien huilée ou des membres d’une famille se relaient pour, qu’avec les gains obtenus, subvenir à leurs besoins. Les concertations évoquées par la Municipalité ont-elles pris en compte ces cas là?
Avec un front social déjà en surchauffe avec des enseignants, des élèves et le personnel des services publics, qui montent fréquemment au créneau pour réclamer de meilleures conditions d’existence, l’Etat ave cette nouvelle interdiction ne risque-t-il pas de créer un nouveau foyer de tension ?
Il n’est pas impossible que des milliers de mendiants se déversent dans les rues pour réclamer leur droit à la mendicité. Plutôt cocasse comme situation.
Waliyullah Tajudeen pour Niameyinfo.