Pour répondre à la principale question : « pensez-vous que la crise climatique est une urgence ? », le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a mené la première grande enquête publique, « Peoples’ Climate Vote » (le Vote populaire pour le climat), touchant 50 pays représentant 56% de la population mondiale. Contre toute attente une majorité de la population est favorable à une action d’envergure. Exactement 1,2 million de personnes ont répondu « oui ». Les résultats ont été publiés le 27 janvier 2021.
Afin de pouvoir toucher des publics généralement difficiles à atteindre, comme les jeunes de moins de 18 ans, l’enquête « Peoples’ Climate Vote » lancée par le PNUD a été diffusée à travers 4000 plateformes de jeux mobiles. Et aussi parce que « l’industrie du jeu regroupe plus d’usagers que toutes les autres industries culturelles confondues ». Même si le digital a joué un rôle, les réponses viennent majoritairement des centres urbains dans les pays moins avancés. Ces résultats ont été traités par les sociologues de l’Université d’Oxford qui les ont départagés par groupes de pays, régions, niveaux de vie, genre, âge. Les résultats sont annoncés avec une marge d’erreur de +/- 2%, ce qui est faible. Soixante-quatre pour cent des personnes interrogées considèrent les changements climatiques comme une urgence mondiale, et ce, malgré l’actuelle pandémie de COVID-19.
Dans le cadre de cette enquête qui est la plus grande organisée sur les changements climatique, « ce sont notamment plus d’un demi-million de jeunes de moins de 18 ans qui ont été interrogés, un public clé dans le domaine des changements climatiques, qui ne peut généralement pas encore voter aux élections ».
Par cette enquête, l’objectif du PNUD, était de donner une voix aux citoyens, jeunes inclus. Pourtant l’année 2021 est un moment stratégique pour le monde, les États planifient la sortie de la crise du Covid-19, et en même temps, cette année sera décisive pour l’engagement des pays en faveur de l’action pour le climat, étant donné plusieurs sessions de négociations importantes se dérouleront lors du Sommet sur le climat de l’ONU en novembre à Glasgow, au Royaume-Uni.
Dans cette enquête, il a été demandé aux personnes touchées « si les changements climatiques constituaient une urgence mondiale et s’ils soutenaient dix-huit politiques climatiques clés dans six domaines d’action : l’économie, l’énergie, les transports, l’alimentation et l’agriculture, la nature et la protection des populations ».
Pour sa part, Achim Steiner, l’Administrateur du PNUD, a souligné dans sa déclaration que « peu importe d’où ils viennent, les citoyens s’accordent sur le fait que les changements climatiques constituent une urgence mondiale. Le Vote populaire pour le climat révèle également que les habitants de la planète sont conscients de l’envergure de l’action nécessaire, depuis l’agriculture sans incidence négative sur le climat jusqu’à la protection de la nature, en passant par l’investissement dans une relance verte. Le Vote populaire pour le climat confère aux pays un mandat clair, à savoir la conduite d’une action d’envergure pour le climat, avec le soutien du public ».
En effet, il ressort de l’enquête que « les répondants souhaitent l’adoption de politiques climatiques plus vastes que celles appliquées actuellement et avec des priorités. Par exemple, dans quatre des cinq pays présentant le plus haut taux d’émissions liées au changement d’affectation des terres et pour lesquelles suffisamment de données ont pu être recueillies sur les préférences en matière de politiques, la majorité des personnes interrogées ont affirmé être favorables àla conservation des forêts et des terres, surtout dans les pays qui ont une déforestation intense . En 2e arrivent les énergies renouvelables, principalement dans les pays enquêtés les plus émetteurs de gaz à effet de serre (76% en Australie, 73% au Canada, 71% en Allemagne, 69% en Afrique du Sud). Puis arrivent l’agriculture durable et les investissements dans les entreprises et les emplois verts (tous les pays du G20 enquêtés, Royaume Uni en tête) »
Quant au Professeur Stephen Fisher, de la Faculté de sociologie de l’Université d’Oxford, « Cette enquête, la plus grande enquête d’opinion jamais réalisée sur les changements climatiques, nous a montré que les plateformes de jeux mobiles permettaient non seulement d’atteindre beaucoup de monde, mais aussi de sonder différents types de personnes dans un éventail diversifié de pays. Le Vote populaire pour le climat nous a permis d’accéder à une manne de données sans précédent sur l’opinion publique. Les citoyens sont bien plus conscients de l’urgence climatique qu’on ne le pensait. Nous avons également pu constater que la plupart des gens souhaitaient clairement l’adoption de politiques fortes et d’envergure » indique-t-il.
L’enquête a également révélé un lien direct entre le niveau d’instruction des personnes et leur souhait qu’une action soit menée pour le climat. « Les personnes ayant fréquenté une université ou une école supérieure étaient en très grande majorité conscientes de l’urgence climatique, que ce soit dans des pays à faible revenu comme le Bhoutan (82 %) et la République démocratique du Congo (82 %) ou dans des pays riches tels que la France (87 %) et le Japon (82 %) ».
Pour Sarah Bel, directrice de la communication pour l’Europe au PNUD, « on a été surpris par l’ampleur de la conscience climatique et la volonté de contribuer qui se dégagent du sondage (…) les résultats de l’enquête sont diffusés aux responsables des États, et le PNUD entend travailler main dans la main avec ceux-ci pour les aider à affiner leurs politiques climatiques».
Pour ce qui est de l’âge des répondants, les plus jeunes (moins de 18 ans) ont davantage tendance à considérer les changements climatiques comme une urgence que les personnes plus âgées. Néanmoins, d’autres groupes d’âge ne sont pas loin derrière, avec « 65 % des personnes âgées de 18 à 35 ans conscientes de cette urgence, 66 % des celles âgées de 36 à 59 ans et 58 % des plus de 60 ans, ce qui montre à quel point cette problématique s’est aujourd’hui popularisée ».
Il est à noter que cette grande enquête s’est déroulée sur 3 mois, entre octobre et décembre 2020 pendant la crise du Covid-19, dans 17 langues, et dans 50 pays. Une deuxième va voir le jour pour atteindre les citoyens qui n’ont pas pu répondre en raison de la fracture numérique, en particulier dans les campagnes des pays à faible revenu.
Akiné Fatouma pour niameyinfo.