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Niger : La mendicité progressivement imposée comme un nouveau recours

by Adam
août 15, 2021
in NIGER, SOCIÉTÉ
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Depuis un certain moment, l’accroissement de la mendicité dans les villes au Niger et surtout dans sa capitale, Niamey, est devenu un fait marquant. Ce phénomène est étroitement lié aux difficultés économiques du pays, frappant l’ensemble de la communauté rurale qui se trouve dans l’impossibilité de prendre en charge les maillons les plus fragiles de la société. Outre cela la mendicité est devenue désormais « un business ». Ces mendiants ne sont plus uniquement des personnes handicapées ou des talibés venant avec leur marabout, ce sont aussi des personnes entièrement valides qui s’y mettent. Malheureusement il peut être remarqué que ce fait prend de plus en plus de l’ampleur tel qu’une cellule cancéreuse qui se duplique dans l’organisme. Chômage ? croyances socioculturelles ? pauvreté ? paresse ? les causes qui justifient la mendicité au Niger sont nombreuses.

Des clients sont dans un taxi, à quelque mètres le taxi s’arrête pour respecter le feu de « stop » et « boom ! » sans tarder on aperçoit deux ou trois mendiants au niveau des vitres des portières qui chantonnent, invoquent ou réclament leur « dû ». Ce constat se fait malheureusement dans plusieurs rues de la capitale. Même si au début la mendicité ne se limitait qu’à ceux qui étaient dans une extrême nécessité ou aux talibés, désormais ce sont aussi des « ruraux en proie à des difficultés diverses, principalement des personnes vulnérables : des agriculteurs âgés ne pouvant plus exercer d’activité physique, des femmes répudiées avec leurs enfants, cumulant la rupture conjugale et une faible intégration dans un réseau familial. La mendicité traduit aussi les problèmes des éleveurs quand les femmes d’un campement, leur mari parti en exode, cherchent dans la rue une solution pour reconstituer le cheptel décimé » soulignent les professeurs Patrick Gilliard de l’université de Niamey et Laurent Pédenon de l’université de Bordeaux lors d’une enquête sur la mendicité au Niger. La mendicité est aussi le dernier aboutissement d’un ensemble de ruptures économiques et sociales traduisant l’appauvrissement du monde rural et le dysfonctionnement des réseaux de redistribution des richesses dans une société sahélienne en pleine mutation.

Si la pratique de la mendicité dans la rue n’est pas nouvelle, sa forme récente dénote un certain nombre de changements liés au contexte de crise que traverse le Niger. En effet au sein de la communauté pratiquant l’exode, « les mendiants ne sont pas de loin les plus défavorisés et peuvent même obtenir des gains substantiels ». A titre illustratif, une enquête conduite auprès des conducteurs d’aveugles de la région de Tessaoua a révélé qu’« ils revenaient au pays avec des sommes bien supérieures aux exodants qui avaient fait commerce de tissus. Dans un contexte général de raréfaction des ressources en Afrique subsaharienne, on comprendra donc que la mendicité commence à faire école et envahisse la rue ». Il est même possible d’aller jusqu’au paradoxe d’une inversion des termes de l’échange, « un pauvre très croyant pourrait donner à un mendiant relativement plus riche que lui ! ». D’autres témoignages font plutôt douter de certains « mendiant » et laisse à croire une autre réalité. Leyhana Seyni, une réalisatrice nigérienne de films documentaires, qui est engagée dans la réduction de ce phénomène, raconte une histoire dans ce sens, « j’étais au grand marché et il une jeune fille d’une dizaine d’années qui se collait à moi pour mendier, et comme sa mère était à coté, je me suis donc rapprochée pour lui proposer d’engager sa fille pour de très petits travaux ménagers. La partie intéressante de l’histoire est que quand je lui ai proposé la somme de 20.000 FCFA par mois, la mère refusa en me disant que sa fille lui apporte beaucoup plus que ça par mois dans la mendicité ». Un autre témoin raconte que « en plein marché une des mendiantes criait avoir perdu une somme d’environ 2 millions de FCFA ». Cela confirme bien les propos d’un troisième témoin qui souligne qu’« au sahel, il y a une certaine culture de la mendicité qui en fait carrément un métier. Certains sont bien portants et sont bien en mesure de travailler, c’est juste qu’ils ont choisi la voie de la facilité ».

Notons aussi qu’une différence importante existe entre les mendiants saisonniers et les résidents de Niamey. Les résidents ne quémandent pas dans les quartiers qu’ils habitent, alors que les saisonniers, profitant du fait qu’ils ne sont pas connus et qu’ils partiront bientôt, n’hésitent pas à le faire. Selon les deux professeurs, « l’établissement des saisonniers dans la rue dépend moins de leur degré de pauvreté que pour les permanents. Mendier sur le lieu de résidence leur est aussi plus facile et ils peuvent ainsi quémander partout. Les résidents à l’année ne peuvent pas tous transgresser le regard des habitants de leur quartier et sont donc souvent obligés de séparer lieu de résidence et lieu de mendicité. Pour la majorité, la mendicité colle une étiquette qui, sur l’espace social, est un handicap ». Sortir de cet espace pour mendier est alors une nécessité car, comme ils le disent eux-mêmes, « on ne peut se permettre de quémander à son voisin ou à sa famille ». Pour d’autres, par contre, vivre dans la rue sur le lieu même de leur mendicité ne pose pas de problèmes, car ils sont en partie exclus de la « norme sociale » et n’ont donc plus d’espace social.

Le Niger étant un pays fortement islamisé et imprégné par les formes anciennes de solidarité, la mendicité joue de la signification sociale de l’aumône, « en permettant le don des fidèles, elle favorise aussi le rapprochement du donateur vers Dieu. En ce sens le mendiant remplit une fonction sociale qui légitime son statut et sa présence dans la rue ».

Nécessité d’anonymat, ressources potentielles et spécificité des lieux, conduisent leurs présences particulièrement dans certaines rues de la ville. On les retrouve sur tous les lieux d’échanges d’argent, pouvant drainer de manière remarquable une activité supposant un « potentiel ressource » pour le mendiant. Même si on les trouve dans tout Niamey, le centre-ville est un lieu très privilégié par les mendiants. Plusieurs points déterminent l’attractivité d’une rue, dont entre autres les flux de personnes et de véhicules, les lieux d’interaction, les lieux d’échanges d’argent (Banques et agences de transfert) et tous les endroits qui peuvent susciter un déséquilibre dans la relation entre individus riches et pauvres, ou apparaissant comme tels.

Le centre-ville répond à tous ces critères. Le petit et le grand marché constituent deux centres d’activité marchandes où convergent et se concentrent toutes les couches sociales de la population de la capitale et, de facto, entre ces deux « pôles » se sont développées une multitude d’activités de commerce, de service et de loisir. Que ce soit les activités de jour ou de nuit les mendiant y répondent présents. Ainsi l’activité des mendiants est étroitement liée à celle du reste de la population.

Les talibés, une souffrance sous silence

Qui sont les talibés ? ce sont des jeunes garçons, âgés de 6 à 17 ans, qui étudient dans des écoles coraniques. Ils vivent dans une précarité parfois extrême. Ces garçons sont exploités par les maîtres coraniques qui les forcent à mendier et exercent souvent des petits métiers, pénibles et mal rémunérés. Les talibés sont aussi vulnérables aux abus sexuels, à la traite des personnes et à d’autres formes de violence. « Ne bénéficiant pas d’un enseignement général diversifié, hormis la mémorisation du Coran, et consacrant la majorité de leur temps à la mendicité, la plupart des talibés sortent de l’école coranique analphabètes, sans qualification ni diplôme, et avec des perspectives d’avenir extrêmement restreintes. Coupés de toutes relations avec leurs parents et villages, ils n’ont souvent pas d’autre choix que de continuer à mendier pour survivre, et constituent ainsi des proies faciles pour les réseaux de délinquance, prostitution, ou groupes armés non-étatiques » affirme l’association Nigérienne pour le traitement de la délinquance et la prévention du crime (ANTD)

Les facteurs de la mendicité forcée de ces enfants sont complexes et multiples, combinant réalités  économiques, pauvreté des milieux ruraux encourageant l’exode vers les centres urbains, et croyances socioculturelles, en particulier auprès des populations rurales qui continuent d’associer positivement la précarité des conditions de vie en école coranique et la difficulté de la pratique de la mendicité au passage vers l’âge adulte, à l’apprentissage de l’humilité et à l’accomplissement religieux. Selon l’enquête menée par l’ANTD en 2020 au total, « 86 824 talibé et 1 543 écoles coraniques furent recensés » tout en estimant qu’« il y aurait plus de 160 000 talibé répartis dans près de 2 500 écoles coraniques dans l’ensemble du Niger. Parmi les 86 824 talibés recensés, au moins 76 080 sont forcés à mendier ».  

Selon un des journalistes locaux, dans les pays sahéliens c’est assez courant que « les parents confient leurs enfants à un marabout à la base pour une éducation spirituel, mais après ces enfants se trouvent dans la rue et se retrouvent abandonnés. Je me demande bien alors où sont les parents ? » dit-il tout en estimant que la faute principale si les enfants sont tyrannisés, enchainés, battus, « revient aux parents, c’est une fuite de responsabilité ». Pour lui « si le phénomène prend autant d’ampleur c’est parce qu’il n’y a pas de cadre pour réglementer cela. Il y a de l’impunité ». En effet, bien vrai que le président de la république du Niger a imposé l’interdiction de ce phénomène de mendicité en 2019, la population a bien joué à la sourde oreille et jusque là rien, bien au contraire le nombre s’élève.

Cette situation est aussi une des résultantes de la démographie non contrôlée. « Ici on définit ce sujet comme « un sujet sensible ». Les parents disent en général qu’on ne peu contrôlé ce fait. Alors qu’on peut bien contrôler les naissances car il existe plusieurs moyens de contraceptions. Certaines familles qui vivent dans des conditions de pauvreté se permettent d’avoir plusieurs enfants dont ils ne peuvent pas subvenir à leur besoin. C’est ce qui conduit aussi à cette mendicité » déclare le journaliste.

Rappelons que la mendicité forcée des talibés constitue une atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant ainsi qu’un réel problème sociétal et géopolitique. « Les talibés doivent ainsi être considérés par les responsables politiques et acteurs humanitaires comme une cible prioritaire dans l’élaboration de politiques sociales et éducatives. Le Niger a ratifié plusieurs instruments juridiques et a adopté un certain nombre de textes visant à protéger les droits des enfants, mais leur application effective s’avère extrêmement limitée. La seule condamnation d’un maître coranique abusif a eu lieu en 2012 dans le département de Téra à l’ouest du Niger » indique l’ANTD.

La lutte contre la mendicité des talibés au Niger nécessite le lancement d’initiatives multilatérales urgentes. Néanmoins, il faut noter que, très attachée à l’enseignement coranique, la majorité de la population nigérienne n’appelle pas à l’abrogation pure et simple de cette forme d’enseignement mais à la réglementation des écoles coraniques par l’État. Dans la mesure où une telle réforme devrait s’inscrire dans un processus de long terme, il est important d’initier, un dialogue participatif et d’appuyer les communautés et les maîtres coraniques dans la recherche de solutions fortes, culturellement adaptées, et pérennes à la problématique de la mendicité et de l’exploitation des enfants talibés.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

Tags: MendicitéNiameyNiameyinfoNigerTalibésune
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