Ce n’est un secret pour personne, les relations entre les actuelles autorités nigériennes et la junte militaire au Mali sont loin d’être cordiales. Les récentes passes d’armes virulentes entre Niamey et Bamako par déclarations et communiqués interposés au sujet de la durée de la transition en sont une illustration. Avec le décès de l’ancien Premier Ministre malien, Soumeylou Boubèye Maïga, un palier vient d’être franchi dans cette relation très tendue entre les deux pays. Le Président nigérien a ni plus ni moins, qualifié « d’assassinat » la mort de l’homme politique malien qui était en détention pour détournement dans une sombre affaire d’achat d’avion présidentiel.
C’est dans un langage très peu diplomatique que les autorités nigériennes ont réagi à l’annonce du décès ce lundi 21 mars, de l’homme politique et ancien Premier Ministre malien, Soumeylou Boubèye Maïga. Le Chef d’Etat du Nigérien Mohamed Bazoum a, sur ses réseaux sociaux officiels indiqué avoir appris « avec consternation » la mort du désormais feu Président du parti ASMA-CFP. Et au numéro 1 nigérien d’ajouter que « sa mort en prison rappelle celle du Président Modibo Keïta en 1977 » avant d’enfoncer le clou « je pensais que de tels assassinats relevaient d’une autre ère » a lâché Mohamed Bazoum.
Jamais avare de réactions corsées s’agissant du Mali depuis le coup d’Etat qui a renversé IBK, Hassoumi Massaoudou, Ministre nigérien des Affaires étrangères, n’y ait pas lui aussi allé du dos de la cuillère : « C’est avec une grande tristesse que le viens d’apprendre la mort en détention de Soumeylou Boubèye Maïga. Cette figure de la démocratie malienne va tourmenter pour toujours ses assassins animés par la haine de la liberté et le sentiment de revanche d’un ordre à jamais révolu » a tweeté le Chef de la diplomatie nigérienne.
En effet si officiellement Boubèye Maïga, 68 ans est décédé dans une clinique bamakoise, ses médecins et des Chefs d’Etat de la sous-région avaient plaidé pour son évacuation sanitaire et se sont vus opposer une fin de non-recevoir par les autorités maliennes.
On se doute qu’avec ces sorties de Mohamed Bazoum et d’un membre de son gouvernement, ce n’est pas demain la veille que les relations entre les deux pays vont se rafraîchir. D’autant plus que les deux personnalités n’en sont pas à leur coup d’essai. On se souvient en effet des déclarations du président nigérien le 9 juillet 2021 dans lesquelles M. Bazoum avançait qu’« il ne faut pas permettre que des militaires prennent le pouvoir parce qu’ils ont des déboires sur le front […] ni que les colonels deviennent des ministres ou des chefs d’État ». Il avait réitéré ses propos dans une interview à Jeune Afrique : « Quand je condamne un coup d’État, qui plus est dans un pays aussi proche et lié au mien que le Mali, je suis donc dans mon rôle. Notre régime est de nature démocratique, et je suis un militant de la démocratie, ce qui m’autorise à dire ce que je pense lorsque cette dernière est menacée ».
Le Chef de la diplomatie nigérienne, Hassoumi Massaoudou n’avait quant à lui, pas hésité a vertement critiqué la junte militaire malienne. Opposé à une transition prolongée et au rapprochement avec le groupe Wagner, il a notamment traité Assimi Goïta et ses camarades d’armes de « patriotisme frelaté ». Des propos « inacceptables, inamicaux et condescendants de la part d’un responsable dont le pays a toujours entretenu d’excellentes relations avec le Mali » qui ne sont pas du tout passés du côté de Bamako. « Nous avons été surpris d’entendre le ministre des affaires étrangères du Niger sortir donner une conférence de presse comme s’il était obligé d’insulter notre peuple » a déclaré, Choguel Maïga, Premier Ministre malien. « Comment un représentant d’un État peut traiter un peuple de patriotisme frelaté. Ne connaît-il pas le sens du patriotisme ? D’où vient ce monsieur », s’est interrogé le chef du gouvernement de la transition, avant de l’inviter à un peu de retenue et de réserve.
Les relations demeurent donc très tendues entre les deux pays voisins avec en toile de fond, la détérioration des liens entre la Paris et Bamako et son rapprochement avec la Russie pendant que dans le même temps, le Niger devient le cœur du dispositif sécuritaire français dans la région du Sahel. Ces dernières sorties des dirigeants nigériens ne vont pas arranger les choses. La réaction de Bamako ne va surement pas tarder et elle risque de n’être pas toute aussi diplomatique.
Waliyullah Tajudeen pour niameyinfo.