Tourisme : à la découverte de la diversité et du fort potentiel artisanal et architectural du Niger

Au Sahel quand il est question d’artisanat, la réputation des Nigériens n’est plus à faire. Depuis des siècles ils ont acquis une maitrise inégalée. De nombreux étrangers particulièrement des acteurs culturels de la mode, du design et ou des arts s’y rendent afin d’ajouter à leur collection les merveilles confectionnées par des artisans nigériens. Un autre domaine qui fait la particularité de ce pays de l’Afrique de l’Ouest, c’est son architecture traditionnelle. Cette architecture varie, en effet, selon les différentes ethnies. Malgré qu’elle réponde aux normes du mode vie et du climat sahélien, cette habitation traditionnelle laisse de plus en plus place aux constructions occidentales qui ne répondent pas forcement aux besoins de la population.

Riche en diversité culturelle, le pays de Diori Hamani offre une mosaïque d’objets dans son artisanat. On y trouve essentiellement des réalisations en cuir de chèvre, zébu ou chameau, et des créations à base de métaux. « C’est surtout au Niger qu’on travaille le cuir ; des sandales, poufs, coussins, porte-gris-gris, sacs et boîtes sont réalisés avec cette matière. Quant au bronze, il est utilisé dans la fabrication des figurines. L’argent sert pour les bijoux (les célèbres croix du désert et les bracelets), l’aluminium à la fabrication d’ustensiles de cuisine. Sans oublier les réalisations en vannerie » soulignent Jocelyne Etienne-Nugue et Mahamane Saley auteurs et chercheurs. Dans les lignes à suivre, une petite description des formes et des techniques du savoir-faire traditionnel nigérien.

L’art du cuir

Quand il s’agit du cuir, il n’y a rien à dire les Nigériens sont des maitres depuis le tannage jusqu’aux finitions les plus fines. Les Haoussa et les Touareg sont de remarquables maroquiniers, femmes et hommes ayant chacun leurs spécialités. « Les sandales ou takalmi font la fierté des cordonniers haoussa : la peau brute de vache ou de chameau est débarrassée de ses poils et de la viande avec un racloir, puis elle est frappée au moyen d’un gourdin pour obtenir l’assouplissement nécessaire à son travail » explique Mahamane Saley tout en ajoutant que la peau est alors découpée en semelle pour être « recouverte de cuir rouge de mouton ou de chèvre, avec des décorations vertes, jaunes, et parfois des incrustations de cuivre (pour les ighatemen des Touareg, plus particulièrement fabriquées à Ingall, Agadez et Intuilla au nord de Dakoro) ». Aussi, on peut acheter des peaux tannées et teintes en rouge dans tous les marchés du Niger et observer les techniques des tanneurs au bord du fleuve Niger à Niamey, en contrebas du Grand Hôtel. A Zinder, on trouve de très belles sacoches traditionnelles arrondies, qui présentent une technique d’assemblage de fines lanières colorées permettant de combiner des motifs avec beauté.

Un artisanat à la mode

Avec l’évolution de la mode, les techniques ont été adaptées au goût du jour pour la réalisation de sacs de dames (association de cuir et de nattes ou de pagnes tissés colorés), de cartables avec fermoir en os de chameau, sac fourre-tout et sac à dos, ceinturons, poufs, etc. « Certains forgerons touareg sont aussi spécialisés dans le travail du cuir : ceux du Mali, très présents à Niamey depuis la dernière sécheresse (1984) ont apporté la technique du cuir repoussé permettant la création de motifs géométriques ; des objets en sont alors recouverts (boîtes à bijoux, miroirs, tables d’apéritif, diverses boîtes de rangement, portes de placard, sous-main…). Leurs femmes sont spécialisées dans les coussins à motifs touareg, avec des applications de cuir teint ou des dessins au stylo Bic ... » raconte Mahamane Saley. Eh oui, c’est un véritable travail d’art et de patience !

Une touche spéciale Agadézienne

Les boîtes en peau moulées et décorées d’Agadez (on en fabrique aussi à Tombouctou), appelées bata, (petite boîte, en songhaï) servent à mettre les encens, fards, bijoux, et résultent d’un travail mixte. Les hommes s’occupent de la fabrication et les femmes des décorations. Ces boîtes ne sont pas des pis de chamelle comme on le laisse croire…

Selon l’ouvrage « Artisanats traditionnels au Niger » de Jocelyne Etienne-Nugue, après avoir construit un moule en argile, on le laisse sécher plusieurs jours et on l’enduit d’huile pour faciliter le détachement de la peau de zébu ou de chameau dont on l’aura recouvert. La peau est travaillée comme un parchemin, et il faut plusieurs couches fines collées les unes sur les autres pour obtenir l’enrobage parfait du moule. Pour la décoration, la femme utilise la technique de réserve, avec des fils de cire d’abeille pressés sur la peau, sans dessin préalable. Le décor en relief est minutieux : chevrons, spirales, losanges, le tout est ensuite trempé dans une teinture végétale rouge garance. Après bain et séchage, la cire est délicatement enlevée et le moule en argile cassé avec précaution.

Une autre magie de l’artisanat nigérien, le Terik !

Comment oublié la fameuse selle de chameau touareg ou terik, en bois recouvert de cuir rouge décoré ? Les trois doigts de la croix du pommeau sont enveloppés de cuir noir encadrant un décor central en cuir vert sur la face externe et en cuir rouge sur la face interne sur laquelle est représenté ” l’œil d’oiseau de nuit ” en guise de « protection pour les déplacements nocturnes » dit Mahamane Saley.

Les métaux

L’or et l’argent sont tous deux importés. Moulé à cire perdue, forgé et gravé, l’argent est depuis des siècles travaillé par les artisans touareg tandis que l’or, fondu, filigrané, est une spécialité d’artisans d’origine sénégalaise (néanmoins, depuis que l’or a supplanté l’argent chez les femmes touareg, des artisans nigériens ont appris à le travailler avec beauté). « Le travail de l’argent se fait de façon artisanale : l’apprenti forgeron-bijoutier entretient le foyer de braises par un double soufflet en peau de chèvre aboutissant par des manchons de bois à une tuyère de terre cuite, tandis que le forgeron martèle sa pièce sur une petite enclume simplement fichée dans le sable » raconte passionnément Mahamane Saley. Le travail de l’argent est aujourd’hui admirablement bien maîtrisé par de nombreux bijoutiers qui adaptent leur production aux goûts de la clientèle internationale tout en gardant les motifs géométriques touareg. Les objets fabriqués sont : bracelet, boucles d’oreilles, collier, bague, boucle de ceinture, poivrière et salière, dessous de bouteille, ménagère complète, bougeoir, stylo, coupe-papier, perles, etc. « De grandes marques comme Hermès n’hésitent pas à s’en inspirer, les forgerons touareg n’ayant malheureusement pas déposé leurs marques, ni protégé leur savoir-faire, comme nombres d’autres artisans africains. Rue du Château-d’Eau n° 1, à Niamey, toute une série d’échoppes d’artisans touareg, souvent originaires d’Agadez, offre un large éventail de leurs œuvres d’art » poursuit Mahamane Saley. On apprend aussi que le prix du gramme d’argent travaillé vaut un minimum de 500 FCFA, mais certains bijoux très ouvragés ont un prix en rapport avec le travail plus qu’avec le poids de l’argent.

Un des avantages si l’on a de vieux objets en argent ou de vielles pièces d’argent, est qu’on peut les donner à refondre et commander le bijou de son choix, on paie alors le prix du travail, environ 300 FCFA, mais bien sûr, tout cela est négociable en fonction de la qualité et de la complexité de l’ouvrage demandé. On peut procéder de la sorte pour réutiliser du vieil or au risque d’avoir parfois quelques mélanges, l’or n’étant pas systématiquement « du 18 carats en Afrique » selon Mahamane Saley. « Les villes d’Agadez et de Tahoua ont des centres artisanaux et des échoppes qui proposent des bijoux touareg de facture récente ; les antiquités sont rares et mieux vaut ne pas se risquer de les passer à la douane, le Niger, avec raison, essaie d’interdire tant bien que mal l’exportation d’antiquités constituant son patrimoine culturel ».

Des métaux moins nobles font aussi l’objet de beaux ouvrages. L’épée touareg ou takouba est parfois faite d’une clé Facom martelée et gravée, avec un pommeau de bois incrusté d’argent, de cuivre ou d’os ; la lame est engoncée dans un fourreau de cuir vert (couleur noble des Touareg et symbole de protection) sur fond rouge toujours très ouvragé. Les épées anciennes avec lame de Tolède sont devenues très rares, car beaucoup de Touareg, pour survivre pendant les sécheresses, ont dû « se résoudre, la mort dans l’âme, à vendre leur takouba. Elle n’est pas un attribut pour touriste, son port est toujours autorisé et, en brousse, tout nomade (touareg et peul) qui se respecte en possède une et s’en sert le cas échéant, on l’a vu lors de conflits entre éleveurs et agriculteurs, ou pour régler des différends amoureux… » confie Mahamane Saley

On parle tous des croix du Niger

Un des emblèmes devenus ambassadeurs de l’artisanat touareg est la fameuse croix d’Agadez, teneghelt tan Agadez (celle qui est coulée dans un moule) qui se trouve sous différents modèles, chacun attaché à une région donnée, à une ville : croix d’Iférouane, d’Ingall, de Tahoua ou à une tribu touarègue…

Selon l’ouvrage « Artisanats traditionnels au Niger » de Jocelyne Etienne-Nugue, l’origine et la signification (si elles existent !) de cette croix sont très controversées. « Est-elle issue de l’Orient, mêlant les symboles féminin et masculin, les quatre directions cardinales, le pommeau de la selle de chameau ou bien est-ce une amulette contre le mauvais oeil ou seulement un ornement et un signe de richesse ? Toujours est-il qu’elle est couramment portée, en argent pur ou en alliage, qu’elle figure un peu partout comme un logo et qu’elle fait la fortune des forgerons ». Les vingt et une croix mises sous verre sur fond de velours sont d’un très bel effet.

La pierre en art

D’après le géographe Adamou Aboubacar, la pierre est aujourd’hui travaillée en Aïr uniquement pour réaliser des petits bibelots en pierre de talc destinés à une clientèle étrangère. « Autrefois, le bracelet de coude touareg en schiste vert, ewouki, assurait force au porteur et protection comme un bouclier contre les coups d’épée ou takouba. Le bracelet taillé dans la pierre brute était enduit d’huile après polissage et passé au feu afin que l’huile pénètre les pores de la pierre » dit -il tout en expliquant qu’on « le frottait ensuite avec de la peau pour obtenir une très belle patine d’un beau noir mat, avec les reflets verts du schiste et bleus de l’indigo laissé sur la peau par les vêtements. Les objets actuels en talc, après avoir été sculptés et polis, sont proposés bruts (blancs) ou teints après cuisson au charbon et gravés de motifs géométriques ».

La poterie, un artisanat familial

Cet artisanat familial, est pour la plupart féminin. Il est beaucoup répandu en pays haoussa et moins courant en pays zerma. « Le village de Saga, aujourd’hui devenu faubourg de Niamey sur la route de Kollo, est à l’origine un village de potières zerma. Celles-ci fabriquent des canaris d’argile rouge, décorés de motifs géométriques blancs réalisés avec du kaolin (gourcoussou ou marmite, hanfi ou plat à couscous, koussou ou jarre à eau). A Boubon, un village de pêcheurs à 15 km de la capitale, sur la route de Tillabéri, la poterie est aussi une activité florissante. Elle a d’ailleurs attiré une Suissesse, installée dans ce village pour pratiquer cet art dont les techniques traditionnelles l’inspirent pour ses oeuvres pures et originales, mélange de culture occidentale et africaine » souligne Mahamane Saley.

La poterie haoussa est variée de formes et de décors. On fabrique surtout des canaris servant à contenir l’eau, toukounia, noirs ou rouges, décorés de motifs blancs (modèle toulou dans la région de Tahoua) ou avec des reflets métalliques obtenus par frottement à la poudre de mica avant la cuisson (Tessaoua et Zinder pour les poteries noires). Pour Mahamane, la poterie touarègue est en train de se perdre, elle est pourtant riche de décors de tradition berbère, noirs sur fond rouge. On en trouve parfois au village de forgerons d’Abarakan, près de Timia dans l’Aïr où deux ou trois vieilles potières en fabriquent quand bon leur semble, et aussi dans quelques boutiques à souvenirs d’Agadez. Chez les Peuls sédentaires, ce sont les femmes des tisserands qui font de la poterie utilitaire.

La vannerie

La vannerie est aussi un artisanat familial exercé par les femmes un peu partout au Niger. Il consiste en la confection de nattes de sol, de toit et de lit (seul mobilier des tentes des nomades). Le matériau, selon les régions, est soit du palmier doum soit des graminées ou des lamelles de roseau tressées avec des lamelles de cuir coloré. Pour confectionner les nattes, « on tresse des rubans avec les fibres des palmes souvent teintées, assemblés en nattes plus ou moins longues selon l’utilisation. Paniers et objets utilitaires comme les couvercles de calebasse, ou fafaye, occupent femmes et jeunes filles, tout en leur offrant la possibilité d’un gagne-pain » souligne Mahamane Saley avant d’ajouter que « les Peuls fabriquent des chapeaux coniques tressés et ornés de cuir. Toute une gamme de paniers, corbeilles, boîtes, sets de table et coffres est aujourd’hui fabriquée avec soin, goût et adresse ».

L’architecture et l’Habitat, un autre talent nigérien

On peut diviser l’habitat traditionnel au Niger en fonction du mode de vie nomade ou sédentaire. Globalement, les nomades habitent sous la tente, tandis que les sédentaires vivent dans des habitations en dur. Une exception notoire est à signaler, « les Peuls Bororo ne possèdent aucun habitat, il est uniquement matérialisé par une organisation symbolique rigide de l’espace par rapport aux points cardinaux, avec un respect hiérarchique entre les épouses, l’aire du mari et l’emplacement du bétail » raconte Jocelyne Etienne-Nugue. Les autres nomades se déplacent avec leur tente ; tente en peaux tendues sur des piquets pour les Touareg de l’ouest, tente en nattes de palmier doum posées sur une armature de bois pour les Touareg de l’Aïr et les Toubou. « La disposition de la tente varie selon les saisons et les tribus. L’habitat des semi-nomades (beaucoup de familles ne nomadisent qu’en saison des pluies) est aussi fait de paillotes circulaires en palmier doum chez les Touareg ou de paillotes rectangulaires en feuilles de palmier dattier chez les habitants du Kawar. La paillote en nattes de secco (une graminée très résistante) est une case souvent provisoire que l’on rencontre un peu partout dans le pays » souligne Jocelyne Etienne-Nugue. De façon plus élaborée et plus définitive, on trouve souvent le toit conique en secco posé sur un mur circulaire en banco (argile). « Il est d’ailleurs très amusant de rencontrer un ” toit qui marche “, car il est confectionné au sol puis porté, par des hommes dont on ne voit plus que les jambes, jusqu’au mur qui le recevra ! » poursuit-elle. L’habitat en dur a surtout été vulgarisé par les Haoussa : vivant dans des villes depuis plusieurs siècles, ils ont élaboré des techniques de construction adaptées au climat avec les matériaux du cru, comme les très belles maisons à toit en terrasse. Faute de poutre en bois pour supporter la toiture, les Haoussa de la région de Tahoua ont résolu ce problème en posant un pilier central qui permet de bomber la toiture pour permettre l’écoulement de l’eau, mais ce pilier prenait beaucoup de place au centre de la maison. Une invention fut alors trouvée, technique particulière qu’on ne trouve nulle part ailleurs en Afrique, « la ” voûte haoussa ” ou voûte nervurée ».

Pour remplacer les longues poutres en bois, de plus en plus rares, nécessaires à la construction des grandes pièces, les maçons haoussa ont construit des arcs en banco, plus ou moins brisés, qui divisent le plafond en caissons de plusieurs coupoles, dont l’intérieur est ensuite décoré. « La technique consiste à encastrer de grosses branches d’arbre ficelées entre elles dans les deux parties du départ de l’arc. Au fur et à mesure que l’on monte la voûte, on attache de nouvelles branches à l’armature déjà enrobée de banco, et ce jusqu’à la jonction des deux tronçons de l’arc de la voûte. Une décoration en relief accentue le caractère de cette belle architecture équilibrée » explique Jocelyne. Ce type d’architecture se retrouve à Zinder, Agadez, Tessaoua, Tahoua et Maradi.

Comment ça se fait ? Traditionnellement, on enduit les murs extérieurs de banco sur lequel le maçon imprime à la main des ondulations, des chevrons et de grandes lignes. « Outre leur effet décoratif, ces reliefs ralentissent l’écoulement de l’eau de pluie sur la façade qu’il faut pourtant recrépir tous les 10 ans ». Une forme de décoration plus récente est la peinture de motifs géométriques ou de fleurs stylisées, inclus dans un quadrillage. La décoration en relief, très représentée dans les vieux quartiers de Zinder et dans le village de Kantché (région de Zinder), est incrustée dans l’épaisseur de l’enduit lisse à base d’argile mélangé à de l’huile de néré. Les motifs ont généralement une signification. Les mosquées ont tout particulièrement fait l’objet d’inventivité et de soins. La mosquée se reconnaît par la présence d’une excroissance sur la façade est : le mihrab, niche placée au milieu du mur orienté vers La Mecque. Rares sont les mosquées traditionnelles qui ont un minaret, comme celui d’Agadez qui surplombe la ville du haut de ses 27 m. La mosquée de Yaama, sur la route de Birni N’Konni, à Tahoua, est un très bel exemple d’architecture en banco. Elle comporte quatre minarets d’une conception tout originale et non conforme à la tradition locale, importée par un maçon voyageur. L’ancienne mosquée de Dosso, malheureusement démolie en « 1978, était une vraie merveille, avec piliers et arcs intérieurs. Elle avait été réalisée à la demande du roi des Zerma en 1917, par des maçons haoussas venus spécialement de Sokoto » raconte Jocelyne. Un des éléments du paysage nigérien, dans la zone de culture sous pluie, est le grenier à mil. Toujours surélevé par rapport au sol, même sur pilotis au sud-ouest du pays, il peut être de forme conique et en tige de mil comme dans la région de Say, de forme cylindrique vers Zinder ou de forme ronde en banco dans tout le pays haoussa. On en trouve de très beaux, construits dans un banco rouge orangé, dans les villages sur la route entre Birni N’Konni et Tahoua. Dans la région d’Ayorou, au bord du fleuve à la frontière du Mali, les greniers sont comme de vraies boules lisses en banco, hérissés de pierres. « Rares sont les habitations en pierre au Niger, il n’y a pratiquement que sur les monts Bagzan dans l’Aïr que les habitants vivent dans des maisons de pierre sèche non taillée, matériau que l’on trouve en abondance sur ce plateau et très efficace contre le froid hivernal » explique le géographe Adamou Boubacar. Mais cette technique tend à être supplantée aujourd’hui par le banco, plus facile à travailler. Les ruines de la ville d’Assodé, au nord de Timia dans l’Aïr, témoigne de l’unique ville construite entièrement en pierre au Niger.

L’avenir de la construction au Niger, hormis l’architecture citadine en ciment aux influences diverses, européennes pour les plus anciennes et arabisantes pour les récentes, réside dans l’architecture d’inspiration romano-byzantine en voûtes de banco. « Elle est plus particulièrement adaptée aux régions sahariennes où les pluies diluviennes sont rares et où l’on trouve du banco de très bonne qualité et de couleur variée. Cette technique de construction, pratiquée pour la bourgeoisie du Maghreb par des architectes de renom, a vu le jour au Niger dans les années 1980, dans un but de préservation des ressources naturelles » confie Jocelyne. En effet, la maison traditionnelle en banco nécessite une charpente en bois, faite de rôniers, de palmiers doum, de calotropis ou d’acacias, que l’on recouvre de nattes végétales et d’une couche de banco bien damée qui imperméabilisera le toit. La technique des voûtes de banco, plus connue au Niger sous le nom de « construction sans bois », diminue « un déboisement déjà excessif des zones rurales » défend Rahmatou Keïta, cinéaste nigérienne qui porte plus dans son cœur les constructions traditionnelles adaptées aux conditions de vie sahélienne que celles à l’image de l’occident. Notons que parmi les premiers bâtiments, ont été construits à Iférouane les locaux du projet Conservation et Gestion des ressources de la réserve naturelle de l’Aïr et du Ténéré. Pour cela, de nombreux maçons de la région ont été formés et ont depuis travaillé sur de nombreux chantiers pour des bâtiments publics et de plus en plus privés.

Le Niger dans son artisanat et dans son architecture présente de nombreux savoir-faire qu’il faudra bien protégés et promouvoir, car en plus de constituer l’image même du pays, ils constituent une richesse indéniable.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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