Technologie : l’exposition des enfants aux écrans, plus jeunes, plus connectés, plus dépendants

La technologie évolue actuellement à une vitesse hallucinante. Il existe un appareil ou une application pour presque chaque tâche ou requête sur laquelle vous souhaitez en savoir plus. En effet, cette génération dépend beaucoup de la technologie. De plus en plus il peut être constaté dans la société nigérienne une forte exposition des enfants aux écrans (smartphones, télévisions, ordinateurs, tablettes…). Une situation qui est d’une part due à la grande présence d’appareils numériques dès leurs très jeunes âges voire à leurs naissances. Cette utilisation précoce et abusive s’explique également par le fait qu’il permet aux parents surchargés de pouvoir canaliser leurs enfants pendant qu’ils sont occupés. Certes de nombreux avantages peuvent être notés, mais les inconvénients sur la santé des enfants restent non négligeables.

Cette révolution dominante du numérique, présente quelques avantages. En effet, des recherches ont montré que l’utilisation de certaines applications sur des tablettes peut améliorer le vocabulaire des enfants. « Les tablettes peuvent aider à stimuler l’utilisation de la langue et les interactions sociales chez les enfants » note-t-on. Les parents peuvent également voir visuellement les améliorations apportées aux compétences scolaires de leurs enfants. Par exemple, grâce aux applications qui enseignent les mathématiques, ils peuvent clairement voir si leurs enfants apportent des améliorations chaque semaine et s’ils peuvent avoir besoin d’une aide supplémentaire. Un des principaux avantages d’un enfant avec un smartphone est le contact. Les parents peuvent contacter leur enfant n’importe où et n’importe quand. Ils peuvent également utiliser le smartphone pour suivre la localisation de leur enfant. Mais comme le dit un adage, « l’excès de toute chose est nuisible ». La présence précoce et abusive de ces nouvelles technologies comporte des conséquences dangereuses pour les enfants.

En effet, une exposition est considérée  précoce quand elle concerne les enfants âgés de moins de  2 à  3 ans. «  L’enfant commence à distinguer la réalité de l’imaginaire à partir de l’âge de 3 ans, donc avant  cet âge,  les écrans peuvent avoir des perturbations sur son développement.  Les écrans  surtout passifs comme la télévision, sont très peu susceptibles de nourrir leur apprentissage. En revanche les enfants apprennent mieux, lors des échanges directs avec leurs parents et des personnes qui s’occupent d’eux » explique le Dr Ahmed Moulaye Ali, Pédiatre.

Selon les explications du pédiatre la surexposition peut entrainer également des troubles visuels, « car  la lumière bleue de  l’écran est reconnue pour ses effets néfastes sur la rétine. Cette lumière bleue inhibe aussi  la sécrétion d’une substance appelée mélatonine, avec comme conséquence,  dérégler le cycle circadien entrainant des troubles de l’humeur et du sommeil ».

Les smartphones et les tablettes encouragent les enfants à être sédentaires. C’est une préoccupation majeure pour les parents. Cela ne mène à aucun jeu libre créatif, à aucune interaction sociale face à face, conduisant à aucun effort physique! Et toujours sur le plan  de la santé physique, Dr Ahmed Moulaye Ali souligne que « plusieurs données indiquent que  les enfants qui passent beaucoup de leurs temps devant les écrans ont un risque important de développer une obésité. Car cela, diminue beaucoup le temps d’activités physiques chez ces enfants, et favorise un comportement alimentaire inadéquat, les poussant à grignoter beaucoup plus ». Pourquoi ne pas essayer certaines de ces activités amusantes pour encourager les enfants à ranger leurs appareils?

Des risques de sécurité en ligne sont aussi au rendez-vous. La cybersécurité est une préoccupation majeure pour de nombreux parents. Les enfants utilisant un smartphone ou une tablette courent un risque élevé, en particulier s’ils sont autorisés à utiliser des applications de réseaux sociaux.

Couvre-feu numérique

Il est aussi important de mettre en place un couvre-feu numérique avant le coucher, car l’utilisation de tels dispositifs peut réveiller nos cerveaux. Ce qui oblige nos enfants à être trop actifs pour s’endormir assez tôt pour l’école. « Eviter les écrans au moins 1 heure avant le coucher en raison de leurs effets sur l’inhibition de la mélatonine, et accompagner les enfants lors de l’utilisation des écrans et préférer les émissions à contenus éducatifs et interactifs  adaptées à l’âge » ajoute le pédiatre. Selon lui, « les parents doivent  interdire les écrans pour les enfants de moins de deux ans. Ils doivent également limiter le temps d’écran quotidien à une heure sinon maximum deux par jour,  chez les enfants âgés de plus de 2 à 5 ans car, avant cet  âge, l’enfant a exclusivement besoin d’interagir avec son environnement en faisant appel à ses cinq sens. Bien loin de la passivité engendrée par la télévision.  Et aucun programme n’est réellement adapté à ce jeune âge ».

Pour le Professeur Douma Maiga Djibo, Psychiatre sur le développement du cerveau en tant qu’organe (développement des neurones), « l’usage précoce des écrans n’a pas un impact négatif puisque cette utilisation ne va pas entrainer une lésion ni une tumeur, néanmoins,  là où  ça aura un impact négatif c’est au niveau du développement du  fonctionnement du cerveau » tout en expliquant que « l’être humain se construit par apprentissage, ce que nous sommes aujourd’hui est le résultat des apprentissages que nous avons eu à avoir depuis notre naissance jusqu’à maintenant. Or ce à quoi on assiste aujourd’hui, les écrans sont entrain de remplacer les parents  et donc l’enfant va apprendre à partir de ce qu’il voit sur les écrans».

Que les parents reprennent  leur place qu’ils ont laissé aux écrans

En effet, le Psychiatre définit l’enfant tel qu’ « une page vierge sur laquelle il faut écrire ». «Ce sont les parents qui écrivent sur cette page vierge à travers ce qu’ils apprennent à l’enfant et l’éducation qu’ils lui donnent. Si les parents ne sont pas là et qu’ils sont substitués par ces écrans, alors ce sera l’écran qui éduquera l’enfant » affirme-t-il, tout en expliquant que pour conséquence « il y’aura un ralentissement du développement psychomoteur de l’enfant, car pour qu’il se développe sur le plan psychomoteur de façon cohérente il faut que l’enfant soit stimulé par les autres êtres humains, qu’il soit éduqué dans un environnement social. Si les écrans remplacent les parents, l’enfant  sera totalement asocial, et  ne comprendra pas la valeur de l’humanité de l’autre. Le fonctionnement intellectuel, social,  psychologique seront retardés par contre son développement organique ne le  sera pas ».

Il est à noter que passer trop de temps en ligne peut amener les enfants à devenir dépendants de la technologie. Cela peut parfois conduire à la dépendance. C’est ce que le Psychiatre appelle des « addictions comportementales ». Selon lui, « l’enfant va devenir  totalement dépendant de l’écran comparable à celui qui est dépendant d’une drogue.  Dès qu’il n’y a pas d’écran l’enfant est perdu ». 

 Au regard de cette situation,  le Professeur Douma recommande aux parents de « reprendre  leur place qu’ils sont entrain de laisser aux écrans.  Eduquer un enfant ce n’est pas seulement de le mettre au monde et lui donner à manger, éduquer un enfant c’est le stimuler, lui apprendre et interagir avec lui. Ceux qui laissent leur enfant avec les écrans, ils laissent l’éducation de leur enfant à ceux qui fournissent des informations aux réseaux sociaux, aux dessins animés et tous les autres programmes».

Même si cela est dur à admettre, la technologie ne fait que grandir. Le fait de permettre à un enfant d’utiliser un smartphone ou un appareil constituera certainement une préparation pour l’avenir à l’école et au travail. Il est à espérer que ces avantages et inconvénients pourront aider les parents à décider en connaissance de cause si leurs enfants doivent posséder un appareil ou un smartphone. Un meilleur équilibre est souvent préférable.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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