Niger/ Utilisation des pesticides pour capturer les criquets : un danger pour les consommateurs

Ennemis des agriculteurs pour leur nature ravageuse, les criquets restent néanmoins une véritable manne en Afrique du Centre et de l’Ouest. Très riches en protéines, ils ne constituent pas seulement une alternative à la viande pour les moins nantis, mais c’est surtout une filière qui prend petit à petit des allures industrielles. Au Niger, ces insectes de la famille des Acrididae (acridiens) sont fortement présents dans les habitudes alimentaires des Nigériens. Les habitants en raffolent. Occupant aussi une place importante dans le commerce informel dans ce pays sahélien, les criquets appelés localement « fourdouddou » sont vendus aujourd’hui par des centaines des personnes. Cependant malgré ces nombreuses vertus prouvées scientifiquement, sa consommation peut avoir des conséquences sur la santé des consommateurs, et cela à cause des pesticides chimiques très souvent utilisés pour recueillir les insectes.

Le criquet, qui est un aliment un peu particulier, s’est invité à la gastronomie nigérienne et dans ce cadre très apprécié. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire un tour dans plusieurs marchés du pays. A Niamey la Capitale, c’est le marché Katako qui est le point central pour le dépôt et la vente en gros du criquet. On constate aussi dans les différentes artères de la ville une multiplication de vendeurs détaillants. Ils se vendent déjà bouillis puis séchés, et ensuite frits à l’huile avec différents épices en fonction des gouts de chacun. Si les marchés de l’intérieur du pays sont ravitaillés localement de ce produit, c’est-à-dire par les villages environnants, « la capitale elle est approvisionnée par les commerçants grossistes, qui l’achètent de l’intérieur. Les régions les plus reconnues dans la fourniture de ce produit sont Maradi, Zinder et Tahoua. Dans ces localités, les criquets sont capturés à mains nues ou avec les filets, par les femmes et les enfants. Généralement, la période la plus propice c’est pendant le froid, surtout si ça coïncide avec les récoltes » rapporte Ali Maman, journaliste. « Nous avons appris que ces criquets viennent de Dakoro, d’Aguié et de Tchadoua dans la région de Maradi. Certains disent que d’autres les amènent de Tahoua », souligne un jeune revendeur. Chaque jour, ce sont des dizaines de véhicules qui arrivent à Niamey remplis de sacs de criquets. Ce sont là aussi des dizaines des jeunes, âgés pour la plupart de 18 et 30 ans qui font du commerce du criquet leur activité principale ici à Niamey. « Le cours du criquet par sac fluctue. Tout dépend de la période. Nous arrivons à nous en sortir. Sur le sac, on peut gagner 5 000 à 10 000 FCFA. Et par jour, avec un peu de chance, certains peuvent vendre jusqu’à trois sacs », confie un vendeur.

A l’heure, la mesure est vendue à 1500 FCFA. Ce prix peut évoluer si le produit se fait rare. Ce qui fait que tous les acteurs, grossistes et revendeurs détaillants, trouvent leur compte. « Nous avons appris que le criquet est riche en vitamine. Aussi, nous avons appris que nos cousins zarma font des sandwichs à base de criquet. », dit avec un sourire taquin un revendeur Bagobri.

Selon l’enquête menée par Ali Mamane, il y a plusieurs variétés de criquet. Seuls les spécialistes peuvent les catégoriser. « Pour les revendeurs, il y a les gros et les petits. Il y a aussi des criquets rouges et noirs. Les prix des différentes catégories ne sont pas les mêmes. Le criquet le plus consommé et aimé est le gros et rouge appelé « kahorda » en haoussa » dit-il.

Notons aussi qu’en dehors l’aspect économique, cet insecte apporte une valeur ajoutée nutritionnelle, selon Dr Amina Djibo. « Le criquet est classé parmi les aliments contenant de la protéine. Et la protéine est un aliment constructeur de l’organisme », explique-t-elle. D’autant plus que d’ici 2050, la population mondiale devrait être approximativement 9 milliards d’habitants, et qu’il va bien falloir faire face à une demande en protéines animales censée doubler. C’est en tout cas ce que prédit Afton Halloran, experte à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture).

Par ailleurs, sa consommation peut avoir des conséquences sur la santé des consommateurs. « Nous recevons en consultation, des gens qui après avoir consommé des criquets se plaignent des certaines douleurs. Il y a des cas d’allergie cutanée, et des douleurs abdominales », répond Dr Amina Djibo. Pour rappel, les criquets étant des insectes migratoires et dévastateurs des champs de culture, les services de protection des végétaux organisent fréquemment des campagnes de pulvérisation. « Les criquets que les gens consomment viennent généralement après l’hivernage. En cette période, nous avons déjà fini la pulvérisation. Mais concernant les krossaria (autre famille de criquets) c’est possible qu’ils soient tués par les insecticides et que les gens les ramassent », souligne Idé Dodo, chef du service de la protection des végétaux de Zinder. « Il y a alors d’autres risques surtout cancérigènes, car il y a des chances que les criquets tués par les produits pulvérisant se retrouvent sur le marché ».

En effet, les méthodes de capture de ces insectes sont souvent douteuses. Même si dans certaines localités du pays, ce sont des bassines d’eau qui sont utilisées, en générale la plupart font recours aux pesticides.  Selon le réseau national des chambres d’agriculture du Niger (RECA Niger) les criquets sont pulvérisés avec ces produits et ensuite vendus après 3 à 4 jours au marché. « C’est le moyen le plus facile pour capturer les criquets » confirme un producteur localement.

D’après les informations du RECA ce produit contient les matières actives dénommées DDVP ou Dichlorvos, « la plus toxique de tous les insecticides vendus au Niger, interdite dans la presque totalité des pays du monde, sauf … au Nigeria. Sur un légume, il faut 21 à 30 jours après traitement pour consommer ces légumes et c’est un strict minimum ». Pour cette matière active, le RECA a dénombré 25 marques commerciales en vente au Niger en 2019. « Cette matière active est aussi utilisée pour la conservation du niébé tant au Niger qu’au Nigeria. La présence de résidus sur le niébé a couté une interdiction d’importation dans l’Union européenne pour le Nigeria ».

Pour sa part, l’internaute Oumarou Mahamane souligne qu’« une alternative s’impose par rapport à ces pesticides car une exposition à long terme peut entraîner une perte de mémoire, de l’anxiété, des changements d’humeur mais aussi des problèmes de concentration ».

Vu l’ampleur du problème, une mobilisation générale est plus que nécessaire pour que les producteurs bannissent ce produit.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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