Niger : Les dysfonctionnements de l’administration nigérienne au menu d’une assise à Niamey

La mission d’intérêt général est l’un des objectifs fondamentaux de l’Administration Publique de tous les Etats du monde. Malheureusement, il peut être constaté que la plupart de la population nigérienne à la pénible expérience de voir une de ses démarches administratives retardées ou carrément reportées, à cause d’un agent absent ou en retard à son poste de travail, ou par manque d’efficacité.  C’est à cause de tous les nombreux manquements de l’appareil administratif que, le Haut-Commissariat à la Modernisation de l’Etat (HCME) en collaboration avec la Coopération Suisse, a organisé un atelier de validation d’un Plan de réponses aux dysfonctionnements des services publics et aux comportements non observant des agents de l’Etat. L’ouverture de ce workshop qui s’est déroulé du 13 au 14 Septembre 2021 à Niamey, a été sous la présidence de M. Elgou Mahamoud, Secrétaire Général du HCME, en présence du Secrétaire Général du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative, de la Cheffe de la Délégation de la Coopération Suisse au Niger et de plusieurs participants venus de tous les secteurs de l’administration nigérienne.

Comme l’a fait savoir au cours de son intervention M. Elgou Mahamoud, Secrétaire Général du HCME, ce Plan fait suite à plusieurs études menées par le Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (LASDEL) pour le compte du HCME et qui ont mis en exergue et catégorisé de multiples problèmes relatifs au fonctionnement de l’administration publique nigérienne.

D’après M. Elgou Mahamoud, c’est depuis 2013 que le Gouvernement nigérien a adopté une politique nationale de modernisation de l’Etat dont « le 4ème axe est consacré au Changement de comportement des citoyens et des dirigeants, l’objectif visé par le HCME en commanditant ces études est d’identifier les comportements qui nuisent à la qualité des biens et services délivrés par l’Etat et de développer conséquemment une stratégie devant aboutir à leur changement » déclare-t-il tout en poursuivant que « l’administration nigérienne est aujourd’hui gangrénée par des comportements qui se sont enracinés durablement au fil du temps et qui nuisent gravement au fonctionnement efficient des administrations et à la délivrance d’un service public de qualité ».

Le Secrétaire Général du HCME a particulièrement cité les comportements, la défaillance des responsables, la mauvaise gestion du personnel à travers l’absentéisme, l’abandon de poste, l’impunité, la chasse aux primes, la mauvaise gestion de l’information, le manque de suivi des activités, le manque de pérennisation des acquis des projets et programmes, la mauvaise relation entre les agents et les usagers, le clientélisme, le favoritisme, la faible applications des sanctions disciplinaires, la faible capacité managériale des responsables, etc.

Pour Adamou Louché Ibrahim, Analyste économique « cette situation est, en effet, le reflet d’une administration gangrénée par un laxisme ambiant, et dont l’impact positif sur l’environnement économique, social, écologique, sanitaire ou encore culturel reste quasi-inexistant et la qualité de service rendu à l’usager, médiocre. Autrement dit, une administration en pleine déliquescence ».

Pas besoin d’évoquer que, la répartition des postes de responsabilité se fait souvent au détriment de la compétence. Et cela n’est pas sans conséquence sur la gestion efficace du pays. En voici quelques-unes selon Adamou Louché Ibrahim : « La faible consommation des crédits budgétaires qui est imputable parfois au manque de professionnalisme des agents censés les dépenser. Ce qui a pour conséquence des retards, voire la non mise en œuvre de certaines politiques publiques. Dans ces conditions, il sera donc difficile, voire impossible de satisfaire les attentes, sans doute pléthoriques, des usagers.

 La corruption : Malheureusement dans le pays, la corruption est souvent liée avec les élections et l’exercice du pouvoir. Or, il n’est un secret pour personne que la corruption aggrave la pauvreté et creuse les inégalités en détournant les fonds destinés aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres services essentiels. Des millions de personnes, partout dans le Niger, subissent les effets néfastes de la corruption. Personne n’est épargné par ce fléau qui sape les institutions démocratiques et ralentit le développement économique.

Fragiliser les Institutions : Le fait de nommer aveuglement des personnes incompétentes et ignorant les lois et règlements du pays a conduit à réduire presque à néant les efforts considérables faits depuis l’indépendance pour doter le Niger d’Institutions à la fois fortes, crédibles mais aussi et surtout opérationnelles. Sans Institutions fortes et crédibles, l’Etat de droit sera toujours une illusion comme le président Issoufou ne cesse de le clamer ».

Heureusement que cette situation n’est pas une irrévocable. Comme en témoigne les timides évolutions récentes. « Toutefois, ces études ont également révélé des comportements positifs avec des pratiques innovantes et le développement et le développement d’attitudes de résilience face aux défis qui se posent aux agents publics » note le Secrétaire Général.

On peut dire que grâce à certaines de ces nominations, l’Etat tenterait de rompre avec certaines pratiques du passé afin que l’administration du pays soit une Administration de développement, afin de mieux assumer son rôle de locomotive, vecteur de compétitivité et de performance. En effet, cette recherche de la performance passe par une administration de qualité capable de porter les innovations majeures comme la souplesse des procédures et l’orientation qu’il faut donner aux actions unités de programmes. C’est cette culture d’un genre nouveau qui fera de l’administration nigérienne un élément dynamique et compétitif.

Pour Adamou Louché Ibrahim, l’appareil administratif doit cependant être indépendant, neutre et plus proche des administrés. Il doit être animé par des acteurs ayant des compétences pour une gestion rationnelle des ressources, dont le but est d’aboutir à un développement intégral. L’indépendance claire et nette entre l’Administration Publique et la Politique, l’observance du principe de la neutralité de l’Administration Publique, le recrutement des animateurs de la fonction publique sur les critères objectifs bien définis, la poursuite judiciaire des détourneurs, corrompus et corrupteurs seraient des moyens efficaces.

Notons que le Plan de réponses aux dysfonctionnements de l’administration travaillé au cours de l’atelier, comporte un certain nombre d’actions qui se veulent toutes comme des réponses aux travers relevés. Les participants les ont examinés pour juger de leur pertinence et permettre ainsi au HCME de proposer au Gouvernement des pistes de solutions au dysfonctionnement de l’administration.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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