Niger : de plus en plus d’enfants, recrues et cibles des groupes armés dans la zone sahélienne

Après avoir interrogé 119 personnes, dont 22 enfants, trois jeunes adultes de 18 à 20 ans, ainsi que 36 parents ou autres personnes touchées par le conflit dans la zone dite des trois frontières, Amnesty International a, publié dans un nouveau rapport le 13 septembre 2021, une situation plus qu’alarmante. En effet, on découvre, dans ce rapport de 64 pages dont le titre est « Je n’ai plus rien à part moi-même », que « de plus en plus d’enfants sont tués ou recrutés par des groupes armés dans la zone sahélienne des trois frontières ». Cette nouvelle relève les défis majeurs que vit le sahel à cause de cette guerre barbare et destructrice. Des lignes de ce rapport partagent les témoignages poignants des victimes. Aussi, parmi les personnes interrogées par la délégation de Amnesty Internationale figurent des membres du « personnel d’organisations non gouvernementales (ONG) et d’organisations humanitaires, des représentant.e.s des Nations unies et des fonctionnaires nationaux ».

Pour rappel, le conflit qui a fracassé le Mali en 2012 s’est ensuite répandu telle une cellule cancéreuse à ses voisins les plus proches dont le Burkina Faso et le Niger. Des djihadistes et d’autres bandits armés se « disputent le contrôle des zones frontalières et affrontent fréquemment l’armée nigérienne ainsi que les forces d’autres pays, notamment le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et la France » souligne Amnesty Internattional. Selon les estimations, « 13,2 millions de personnes au total auront besoin d’une aide humanitaire en 2021 et le nombre de personnes déplacées s’élève à 1,9 million ».

On le sait malheureusement bien, au cours des conflits de ce genre, les enfants sont les premières cibles. « De plus en plus d’enfants sont tués ou ciblés pour être recrutés par des groupes armés dans le contexte du conflit qui fait rage au Niger, aux frontières avec le Mali et le Burkina Faso », lit-on dans le rapport de Amnesty International publié ce 13 septembre 2021.

Le rapport, « Je n’ai plus rien, à part moi-même. », démontre de manière explicite les conséquences catastrophiques de ces conflits au Niger sur les enfants, particulièrement ceux de la région de Tillabéry. Dans le rapport, Amnesty International indique que l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al Qaïda, ont commis des crimes de guerre et d’autres atteintes aux droits humains dans le cadre du conflit, notamment « des homicides de civils et des attaques contre des écoles. De nombreux enfants ayant assisté à des attaques meurtrières dans leur village subissent des traumatismes. Dans certaines zones, les femmes et les filles n’ont plus le droit de mener des activités en dehors du foyer et risquent d’être enlevées ou mariées de force à des combattants ».

Selon Matt Wells, directeur adjoint du programme Réaction aux crises, « dans la région de Tillabéry, au Niger, une génération entière grandit entourée par la mort et la destruction. Des groupes armés ont attaqué à maintes reprises des écoles et des réserves de nourriture et ciblent des enfants lors de leur recrutement » dit-il tout en ajoutant que. « Il faut que l’État nigérien et ses partenaires internationaux prennent de toute urgence des mesures pour suivre et prévenir les atteintes et pour protéger les droits fondamentaux de toutes les personnes touchées par ce conflit meurtrier, en particulier les enfants. Les autorités nigériennes ne protègent pas les civils. Des témoins ont expliqué que, malgré leurs appels passés en urgence, il était fréquent que les Forces de défense et de sécurité (FDS) du Niger arrivent longtemps après la fin des homicides et des pillages ».

Pour Amnesty International la situation au Niger est un conflit armé non international, compte tenu de l’intensité des violences et du degré d’organisation de l’EIGS et du GSIM.

Notons aussi que depuis le début de l’année 2021, le conflit dans la région de Tillabéry s’est fortement aggravé. Selon la Base de données sur le lieu et le déroulement des conflits armés (ACLED), les violences à l’encontre de civils au Niger ont fait 544 morts dans le contexte du conflit entre le 1er janvier et le 29 juillet 2021, contre 397 en 2020. « En 2021, des groupes armés ont tué plus d’une soixantaine d’enfants dans la partie nigérienne de la zone des trois frontières. L’EIGS, présent principalement à la frontière avec le Mali, semble être responsable de la plupart des massacres à grande échelle » note-on.

Dans le document, on peut lire qu’une délégation d’Amnesty International s’est entretenue avec 16 garçons qui avaient réchappé de peu à des attaques de l’EIGS dans leurs villages respectifs. Ces derniers ont fait savoir que « des individus encagoulés circulant à moto avaient ouvert le feu, en particulier sur les hommes et les garçons adolescents. Un garçon d’environ 13 ou 14 ans a expliqué : « Nous tous avons l’habitude d’entendre les coups de feu et de voir des [morts] entassés ».

Un autre témoignage d’un garçon, témoin de l’homicide de son ami de 12 ans en mars 2021 brise le cœur. Il raconte que : « Je pense à Wahab et comment il a été tué. Il m’arrive de faire des cauchemars où je suis chassé par des gens à moto, ou de revoir Wahab plaider avec les [agresseurs]. »

Selon le rapport de Amnesty International, des combattants ont tiré dans des maisons, tuant ou blessant des civils qui tentaient de se cacher. Une femme et sa fille en bas âge ont été blessées par balle alors qu’elles se cachaient chez elles pendant une attaque présumée de l’EIGS. Les FDS se sont retirées de certaines zones frontalières après avoir subi des pertes face à l’EIGS et au GSIM à la fin de 2019, d’où l’absence des autorités sur place. Des témoins ont déclaré que, bien souvent, les FDS ne réagissaient pas alors que les homicides et les pillages duraient plusieurs heures. « On nous a abandonnés » déplore un homme d’une cinquantaine d’années.

Le rapport note que le recrutement d’enfants par le GSIM s’est considérablement accru cette année dans le département de Torodi, près de la frontière avec le Burkina Faso. « Selon des témoins, ce groupe armé cible les jeunes hommes et les garçons de 15 à 17 ans, voire plus jeunes. Ses membres proposent des avantages comme de la nourriture, de l’argent ou des vêtements pour attirer des recrues ».

Apparemment, des recrues ont suivi un entraînement au maniement des armes d’une durée d’une semaine à trois mois. « On sait également que le GSIM utilise des enfants comme espions, éclaireurs et guetteurs, entre autres rôles définis dans le droit international comme une participation aux hostilités » souligne le rapport.

Après avoir assisté à de telles tragédies, des conséquences psychosociales sont au rendez-vous pour les enfants pour les enfants. Selon les informations du rapport, les attaques incessantes ont de profondes répercussions sur la santé mentale et le bien-être des enfants. Très peu d’enfants interrogés bénéficiaient d’une aide psychosociale. Amnesty International a recueilli des informations sur les symptômes de traumatisme et de souffrance qui se manifestaient chez les enfants, notamment « les cauchemars, les troubles du sommeil, la peur, l’anxiété et la perte d’appétit. De nombreuses personnes ont indiqué que le bruit des motos ravivait le souvenir des attaques ».

On ne peut pas conclure sans citer le cri de cœur d’un adolescent de 15 ans, déplacé de son village, qui a confié à Amnesty International : « Ce que je veux, c’est que la paix revienne, vraiment. Et il faut que [le gouvernement] se soucie de notre vie, même ici [dans le camp pour personnes déplacées] pour ce qui est de la nourriture et de l’eau. Et l’école. Nous avons besoin de l’école ».

Pour Amnesty International, les autorités nigériennes et les partenaires internationaux doivent prendre des mesures de toute urgence pour doter les enfants d’outils qui leur permettront de se construire un avenir. « Il faut que les autorités nigériennes prennent rapidement des mesures pour que les enfants touchés par le conflit dans la région de Tillabéry aient accès à l’école et à des soins psychosociaux. Le Niger est au bord du gouffre. Les autorités nigériennes et les partenaires internationaux doivent prendre des mesures de toute urgence pour doter les enfants d’outils qui leur permettront de se construire un avenir » conclu Matt Wells.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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