Maintien de la paix et de la sécurité dans des contextes fragiles : « Nous devons prendre acte de la fragilité, en faire une priorité si nous voulons un monde meilleur »:Mahamadou Issoufou

Organisés par le Président Kaïs Saïed, Président du Conseil de sécurité pour le mois de Janvier 2021, les échanges de haut niveau sur « défis du maintien de la paix et de la sécurité dans des contextes fragiles », ont vu la participation d’éminentes personnalités. Il peut être remarqué entre autre des chefs d’Etat et de Gouvernement, le Secrétaire Général des Nations Unies, le Président de la Commission de l’Union Africaine, la Présidente et Lauréate du Prix Nobel de la Paix, Helen Johnson Sirleaf et aussi le Président de la république du Niger, Mahamadou Issoufou. Session dans laquelle le président de la république souligne des points très importants.

Il semble que la fragilité est « l’un des plus grands défis du 21ème siècle ». Selon Mahamadou Issoufou, les contextes fragiles sont très difficiles à définir. « La fragilité est plus qu’une question de croissance économique ou une question institutionnelle ou de conflit. Par exemple, le Fonds pour la paix calcule l’indice de fragilité des Etats à partir de douze critères qui comprennent notamment les inégalités économiques, les services publics, la pression démographique et migratoire, la sécurité avec notamment le terrorisme, le changement climatique, les divisions ethniques, les droits de l’homme, les flux financiers illégaux, la corruption, un climat des affaires peu propice, les nouvelles technologies… » Déclare-t-il.

En prenant en compte l’indicateur d’Evaluation des Politiques et des Institutions des Pays (EPIP), mis au point par la Banque Mondiale, qui permet « de mesurer la gestion économique, les politiques structurelles, les politiques pour l’équité et l’inclusion sociale et la gouvernance avec un seuil  en dessous duquel un pays est considéré comme fragile ». On définit aussi les Etats fragiles comme étant ceux « dans lesquels les pauvres ne disposent pas de services essentiels car les pouvoirs publics n’ont pas la volonté ou la capacité de les leur assurer  ou encore comme étant des Etats dotés  de faibles capacités pour assumer les fonctions essentielles de gouvernance et n’ont pas la faculté de développer des relations constructives et mutuellement avantageuses avec la société». Au regard de cela, les pays qui abritent une mission de maintien ou de consolidation de la paix des Nations-Unies, et, ou régionale durant les trois dernières années sont également considérés comme fragiles. Il est à noter les situations de fragilité, de conflit et de violence touchent aussi bien des pays à faible revenu que des pays à revenu intermédiaire.

Selon un rapport de la Banque Africaine de Développement la quasi-totalité « des Etats en situation de fragilité extrême était, à l’époque de la diffusion du rapport, dotée de ressources naturelles abondantes prouvant ainsi que les ressources naturelles mal gérées sont un facteur de conflit », donc de fragilité, alors qu’elles sont « sources de résilience quand elles sont bien gérées. La fragilité couvre un large spectre qui est varié selon la portée géographique et la fréquence des confits, allant des hostilités déclarées entre les parties belligérantes aux Etats qui subissent des violences sporadiques. Il peut également être déclenché par un échec ou une élection viciée, une tentative de modification de la constitution pour des gains politiques égoïstes, une catastrophe naturelle et/ ou une pandémie ». 

Dans son intervention Mahamadou Issoufou souligne que « en 2018, il a été recensé dans le monde 58 contextes fragiles. Les contextes fragiles sont de plus en plus le champ de bataille des rivalités géopolitiques. Les confits, le terrorisme, les pandémies, les déplacements forcés, les catastrophes, les famines prennent souvent racine dans la fragilité. Ces facteurs sont à la fois causes et conséquences de la fragilité ».  Tout en précisant que « la pauvreté est de plus en plus concentrée dans des contextes fragiles. Si rien n’est fait dès aujourd’hui, 80% de pauvres de la planète pourraient vivre dans des contextes fragiles, ce qui est incompatible avec la vision d’un monde meilleur inscrite dans les agendas 2063  de l’Union Africaine et 2030 du développement durable. On estime  que 65% et 60% de la population mondiale respectivement sans accès à l’eau et à une alimentation suffisante vivent dans les Etats fragiles. La pandémie de la Covid-19 qui sévit actuellement aggrave la situation, en menaçant d’effacer plusieurs décennies de progrès sur le front de la réduction de la pauvreté et du développement ».

En 2020, entre 18 millions et 27millions de personnes supplémentaires sont tombées dans la pauvreté. Par ailleurs le flux de personnes déplacées et réfugiées  ne cesse d’augmenter. Pour le président de la république du Niger il est plus que nécessaire de « prendre acte de la fragilité, en faire une priorité si nous voulons un monde meilleur. Il faut que nous tenions compte de sa complexité et que nous l’abordions dans toutes ses dimensions. Nous ne devons jamais perdre de vue l’objectif final qui est d’apporter de l’espoir et une existence meilleure à toutes les personnes vivant dans des contextes fragiles. Il nous faudra intensifier les efforts de prévention, de paix, de sécurité en y consacrant plus de ressources, investir dans une aide plus volumineuse et plus intelligente dans les contextes fragiles, investir dans les données afin de mieux comprendre les différents états de fragilité afin d’anticiper, de renforcer la capacité des pouvoirs publics à apporter des solutions inclusives à leur propre état de fragilité afin d’améliorer la résilience des communautés ». Et bien-sûr selon lui il faut « renforcer les architectures internationales et régionales de gestion des guerres et de la paix. En résumé, il faut s’attaquer aux causes de la fragilité. Pour ce faire une plus grande collaboration est nécessaire entre les acteurs œuvrant dans l’humanitaire, le développement, la paix et la sécurité. Il faut encourager des institutions comme la Banque mondiale et la Banque Africaine de Développement, qui ont des Facilités pour les Etats  fragiles, à faire plus ».

En effet, l’Afrique est le continent où on rencontre le plus de contextes fragiles. « Aider l’Afrique à mettre en œuvre l’agenda 2063 et ses plans et projets est le seul moyen de sortir l’Afrique de la fragilité. Il faut notamment soutenir la mise en place de la Zone de libre Echange Continentale Africaine, des plans de développement des infrastructures, de l’agriculture, de l’industrie en Afrique et porter une attention particulière à des régions fragiles comme celle du Sahel où les Etats sont confrontés à tous les facteurs de fragilité notamment les défis sécuritaire, climatique et démographique. Dans cette région nous avons  plus que jamais besoin d’institutions démocratiques fortes, de moyens de défense et de sécurité renforcés et de développement. En particulier, nous avons besoin d’un mandat sous chapitre 7 pour la force conjointe du G5-Sahel, nous avons besoin de la participation la plus large possible de la communauté internationale à la coalition internationale de lutte contre le terrorisme au Sahel » déclare le président de la république lors de la session.

Pour conclure, Mahamadou Issoufou renouvelle l’appel à « tous nos partenaires techniques et financiers en vue du financement du Programme d’Investissement Prioritaire du G5 Sahel adopté à Nouakchott depuis Décembre 2018. Ce qui se passe au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad interpelle toute la communauté internationale. Le massacre de plus de 100 personnes innocentes le 2 Janvier 2021 dernier dans la région de Tillabéry à la frontière avec le Mali est là pour nous le rappeler ». Tout en insistant que la communauté internationale doit « se mobiliser pour aider les pays du Sahel et du Lac Tchad à sortir de ce contexte fragile dont les premières victimes sont les femmes et les enfants. Nous fondons l’espoir que les membres du conseil de sécurité, dont c’est la mission d’assurer la paix et la sécurité mondiales, mettront le sahel et le bassin du Lac Tchad au centre de leur agenda. Nous fondons l’espoir que la présidence tunisienne du Conseil de sécurité sera couronnée de succès ».

Akiné Fatouma pour niaemyinfo.

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