Covid-19 : Les Nigériens entre doute et inquiétude autour de la vaccination

Dès son apparition et après une longue période, la pandémie du coronavirus a créé une forte psychose mondiale. Plusieurs traitements ont été proposés par des industries pharmaceutiques, et jusqu’à même revenir à la « solution grand-mère » comme le cas de l’Afrique. Malgré ces efforts, la pandémie a continué d’avancer, le vaccin est finalement devenu l’unique solution pour l’heure. C’est ainsi qu’a commencé la course sans pitié aux vaccins miracles, proposés par les laboratoires les plus pointus du monde. Le Niger, tout comme de nombreux pays africains, a souscrit depuis décembre 2020, à l’alliance COVAX (Vaccin contre la covid-19) pour permettre à 47% de sa population de bénéficier très tôt du vaccin « astrazeneca ». Heureusement ou malheureusement, une grande partie de cette population est réticente à l’idée de se faire vacciner par des produits inconnus, ayant eu pas très bonne réputation en occident.

En effet, depuis que de nombreux laboratoires aux quatre coins du globe se sont lancés à la recherche d’un vaccin pour stopper la pandémie du nouveau coronavirus, les nigériens se sont montré très réservés. Très vite et alors même que les travaux n’étaient qu’à leurs prémisses, l’idée d’essais cliniques commençaient à germer. Les infox et les réseaux sociaux s’en mêlent aux rumeurs de test sur l’homme et créant la psychose au sein des populations. Au Niger, cela s’est notamment traduit par la méfiance des parents face à toute forme de vaccination. Chose qui n’est pas nouveau dans le pays.

Alors que de vaccins sont finalement approuvés, et dont certains n’ont récemment pas eu de très bons échos en Europe, les doutes se sont encore amplifiés, et de nombreuses personnes ont d’ores et déjà décidé de ne point se faire vacciner. « Moi, personne ne me vaccinera avec cet astrazeneca, on est sûr de rien » lance le proviseur d’une école primaire Niamey. « Des troubles de la coagulation, observés chez certains patients après l’injection du vaccin d’astrazeneca ont poussé plusieurs pays à suspendre son utilisation. Alors pourquoi devrions-nous accepter ? Il y a encore plein d’inconnus autours de ces vaccins, surtout les effets secondaires » a déclaré un autre usager interrogé sur la question à Tillabéry où plusieurs cas de covid ont été enregistrés.

Rappelons qu’une livraison de deux (2) millions de doses de vaccins COVAX était attendue au plus tard dans la 2ème quinzaine du mois de mars au Niger. Mais pour l’heure le pays dispose moins d’un million. Pour certains internautes, les 70 milliards de FCFA investis dans ces vaccins auraient pu servir dans un autre secteur ou sur une autre maladie qui tue plus, comme la malaria.  « Je pense que les nigériens ont besoin des médicaments contre le paludisme et autres. Dans notre esprit la Covid-19 n’existe pas. Je suis convaincu que même les membres du gouvernement n’accepteraient ce vaccin » souligne un internaute tout en ajoutant que « on veut du soutien scolaire pour que nos enfants ne meurent plus dans les classes en paillotes » faisant allusion au récent incendie survenu à l’école Pays Bas ayant causé la mort de 20 écoliers.

Dans une de ses chroniques sur la question de la covid-19, le journaliste Alain Foka disait ceci : « tout cela est très bien mais est-ce qu’on ne se trompe pas encore une fois ? Est-ce qu’on n’est pas encore là dans l’émotion suscitée par les chiffres des victimes ? est-ce qu’on n’est pas encore une fois en train de faire de la réalité du nord celle du sud ? Est-ce les dirigeants du nord et du sud n’ont définitivement pas oublié de mettre à jour leur logiciel ? ». Pour le journaliste une mise à jour est indispensable. « Il est révolu le temps où on décidait de faire de la vaccination de tous sans l’avis de la population. Révolue la période où on débarquait un lundi dans les établissements de tout le pays, mettait les enfants en rang avec leur maîtres et leurs professeurs et leurs vacciner à la file indienne avec la même seringue, le colon puis les autorités qui l’ont remplacé, n’offraient le choix à personne, c’était l’ordre quasi militaire. Aujourd’hui les africains ont envie de comprendre l’efficacité, juger de la qualité des produits qu’on les propose » poursuit-il.

Toujours selon Alain Foka, en mettant la charrue avant les bœufs, les différentes plateformes et la plupart des autorités des pays africains ayant participé à cette chasse au « trésor », risquent de terminer leur course à « la poubelle », soit parce que « la plupart des africains ne sont pas aller se vacciner, soit les produits sont périmés en raison de leurs très courtes périodes de validité ».En effet la durée de validité des vaccins varie entre trois (3) à six mois (6) mois selon les conditions de stockage par les fabricants. Aussi l’energie pour maintenir ces produits délicats constitue un luxe pour de nombreux pays africains comme le Niger qui n’a qu’un très faible taux de couverture en électricité.

Pour sa part, Waliyullah Tajudeen, journaliste à Niamey, estime que cet investissement n’est pas fortuit « On est dans une situation d’urgence. La covid-19 est une maladie qu’on ne maitrise pas encore bien, et qui est venu subitement chambouler la planète entière et c’est une mobilisation mondiale contre cette maladie-là. Nous sommes inter-liés, si par exemple on s’est dit qu’il faut s’occuper d’autres maladies, ou qu’on a d’autres priorités, on sera isolé du monde, parce que les autres sont en train de combattre la maladie pour l’endiguer et vacciner leur population, immuniser leur population. Si nous restons les bras croisés, la maladie va se propager, et le Niger se deviendra une zone rouge.  Coupés du monde, les nigériens ne pourront pas voyager à l’extérieur. Moi je pense que c’est l’urgence qui pousse à faire ces investissements ».  Pour le journaliste, il ne s’agit pas de forcer les gens à se vacciner, cela va être contre-productif, mais il s’agit plutôt de sensibiliser la population« La plupart des gens pensent que c’est tout le monde qui sera vacciné. On doit axer la communication sur ceux qui sont indispensable à recevoir le vaccin en premier lieu  comme les personnels de santé ou les personnes âgées de plus de 65 ans notamment.

Néanmoins, Tajudeen suggère que l’État doit repenser la politique sanitaire en générale « on a aussi l’impression que certaines maladies sont délaissées. L’État doit réhabiliter les hôpitaux pour que, que ce soit la covid ou une autre maladie, les agents de santé soient en mesurer d’y faire face ».

Outre dans la lutte contre cette pandémie à l’échelle du continent, certains experts et autorités proposent à ce que l’Afruique puisse elle aussi se lancer dans la fabrication de vaccins. C’est le point de vue notamment du président sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui estime que le continent africain doit produire ses propres vaccins contre la Covid-19 «  Bien que l’Afrique ait beaucoup mieux relevé les défis posés par la pandémie que les autres régions du monde, le continent doit développer les compétences et la capacité de fabriquer ses propres vaccins pour les futures pandémies ».

Ramaphosa a déclaré que l’Afrique a le talent et la volonté de pouvoir fabriquer des vaccins, mais que les ressources restent un défi. « Ce problème pourrait toutefois être résolu en nouant des alliances avec des investisseurs d’autres pays, comme l’Inde et le Brésil, qui sont à l’avant-garde de la fabrication de médicaments génériques grâce à leurs industries pharmaceutiques bien établies ».

Selon lui, l’Inde et le Brésil « pourraient offrir une expertise technologique, des financements et des investissements », ajoutant : « Nous aurons également besoin d’un renforcement des capacités sous la forme d’un transfert de compétences et de connaissances pour nous assurer que nous pouvons soutenir la fabrication locale ».

Selon les derniers chiffres du Centre africain de contrôle des maladies (CDC), le continent africain a été la région la moins touchée par la pandémie, avec 4,35 millions de cas et 115.000 décès parmi sa population de 1,2 milliard d’habitants, essentiellement jeune. Mais la lenteur des vaccinations a été imputée à l’insuffisance des stocks, au manque de financements et aux problèmes logistiques. Les pays africains ont reçu jusqu’à présent plus de 33,8 millions de doses de vaccin provenant de différentes sources, principalement de l’initiative Covax et d’accords bilatéraux extérieurs.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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