Niger : l’insécurité grandissante entre Tillabéry et Diffa, une situation insoutenable

Au Sahel central en générale et au Niger en particulier, pendant que les opérations de lutte contre le terrorisme s’intensifient, la réalité quotidienne des civils continue de se détériorer. Depuis un certain moment, les régions de Tillabéry (Nord-ouest) et Diffa (sud-est) sont devenues l’épicentre du « terrorisme insurrectionnel » comme le nomme le général Mahamadou Abou Tarka. En moins d’une semaine deux attaques par des individus armés ont été effectuées à Mainé Soroa (Diffa), le jeudi 15 avril 2021 et à Gaigorou (Tillabéry) le samedi 17 avril 2021. Des attaques lâches causant la mort d’au moins une dizaine de civils et soldats, de blessés et des disparus.

Qui a dit que le Ramadan saurait raisonner les groupes terroristes, dont la plupart estiment mener leur combat au nom de la religion musulmane ? en effet comme l’a déclaré le vice-président turc, Fuat Oktay, « le terrorisme n’a ni religion, ni langue, ni ethnie et n’appartient à aucune zone géographique…un terroriste est un terroriste… ».

Se préparant tranquillement pour la rupture du jeûne après une longue journée ensoleillée, les habitants de Gaigorou, région de Tillabéry (où est essentiellement actif l’Etat Islamique du Grand Sahara (EIGS), ne s’attendaient certainement pas à être de nouveau victimes des attaques meurtrières de ces bandits armés le samedi 17 avril 2021. Selon les propos recueillis par la journaliste Ikali Dan Hadiza, « les assaillants étaient venus à moto et le bilan, encore provisoire, fait état d’au moins une dizaine de victimes civiles ainsi que des dégâts importants notamment des maisons et des greniers incendiés. Ils ont profité de l’effet surprise en frappant au moment où plusieurs personnes étaient rassemblées pour un enterrement dans le village ».

Pas plus tard que le jeudi 15 avril 2021, le village de Mainé-Soroa Maine-Soroa, situé dans la Diffa, (où opèrent Boko Haram (école interdite), a été pour la seconde fois cible d’une attaque terroriste menée par « des présumés membres de la secte ISWAP », une faction de Boko Haram affiliée à l’Etat Islamique. « L’assaut a commencé aux environs de 20h00, quelques heures après la rupture du jeune, et les habitants ont été surpris par les bruits assourdissants des tirs à l’arme lourde en plusieurs endroits de la ville » souligne Ikali Dan Hadiza tout en rapportant que, « l’attaque a été simultanément menées contre différentes positions des Forces de défense et de sécurité (FDS) notamment de la Police, de la Garde, de la Gendarmerie et de la Douane mais aussi la Prison civile. Les assaillants qui seraient venus à bord de plusieurs véhicules, selon les mêmes sources, ont réussi à s’infiltrer dans la ville en contournant le dispositif de la Force mixte multinationale (FMM) qui est stationné au sud de la ville ».

Selon le bilan provisoire de l’attaque, on peut noter : « un (1) douanier tué, le Brigadier-chef Al Moctar Alkabouss, et un soldat de la Garde nationale (GNN) blessé. Dans les premières heures ayant suivies l’attaque, deux (2) douaniers ont été portés disparus et des dégâts importants enregistrés. Les assaillants se sont, en effet, emparés de quatre (4) véhicules de la Police dont trois (3) Toyota Pick Up et un (1) véhicule Hilux de Commandement ainsi que deux (02) véhicules de la Douane (Toyota Pickup) ».

Pour rappel, la seconde attaque dans cette même ville a généré la mort de quatre (4) gendarmes ainsi que la saisie par les assaillants de véhicules militaires et de munitions. Ces attaques sans fin ont conduit à une nouvelle vague de réfugiés et de déplacés à Diffa, en provenance du Nigeria.

Pour la journaliste Hadiza, cette dégradation du contexte sécuritaire au Niger, constitue « un véritable défi pour les nouvelles autorités qui doivent prendre les mesures d’urgence nécessaire pour atténuer le calvaire des populations déjà meurtries par plus de cinq années d’une guerre importée qui a déjà assez fait de victimes… ».

Par ailleurs, avec l’accroissement des violences et de l’insécurité qui alimentent une crise sociale, humanitaire, politique et institutionnelle au centre du Sahel, la Coalition citoyenne pour le sahel a, dans son rapport « Sahel : ce qui doit changer » publié le 15 avril dernier, recommandé aux autorités de la zone et à leurs partenaires internationaux une réponse plus efficace qui permet de stabiliser la région. Cette coalition citoyenne qui entend exprimer les préoccupations des populations civiles des pays du sahel et notamment des régions les plus impactées par l’insécurité, estime qu’ « il faut arrêter de mesurer les progrès principalement en termes de neutralisation de chefs et de combattants de groupes armés terroristes. Il faudrait plutôt les mesurer en termes de réduction du nombre d’attaques contre les civils, de rétablissement d’une sécurité minimale permettant de rouvrir les écoles et les centres de santé par exemple ». Notons que selon le rapport, 2020 a été l’année la plus meurtrière pour les civils au Burkina Faso, au Mali et au Niger, avec plus de « 2440 morts », un chiffre qui a été multiplié par 7 entre 2017 et 2020. Le rapport se donne aussi comme objectif une baisse de 50% des attaques contre les civils commis par des membres des Forces de Défense et de Sécurité et une baisse de 20% des attaques commises par les milices d’auto-défense d’ici Octobre 2021.

Pour cette coalition de près de 50 organisations Sahéliennes, Ouest-africaines et internationales, tout ce qui nourrit l’absence de confiance voire l’hostilité entre les forces de défense et de sécurité et les populations civiles, est du pain béni pour tous les ennemis de la paix dans la région.

Enfin, depuis plusieurs années, le Sahel est le théâtre d’un conflit sans frontières. Les lignes de fronts ne cessent de bouger, de nombreuses familles ont dû fuir à plusieurs reprises et sont en proie à différents types de fragilité. Ces fragilités si elles ne sont pas solutionnées, risquent de devenir irréversibles car à chaque déplacement se crée une fracture supplémentaire dans la cohésion sociale et un affaiblissement des mécanismes de survie. La communauté internationale doit avoir un seul langage pour combattre cette cellule cancéreuse des sociétés.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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