Niger : le pays réaffirme son engagement à lutter contre les violences basées sur le genre

Un (1) mois après que le Niger ait été classé 40ème parmi les pays africains promoteurs des droits des femmes selon la septième (7ème) édition du rapport de la banque mondiale sur « Les Femmes, l’Entreprise et le Droit », le groupe d’amis pour l’élimination des violences à l’égard des femmes et des filles a organisé une rencontre en visioconférence de haut niveau autour du thème : « Covid-19 et violences à l’égard des femmes et des filles : qu’est-ce que la communauté internationale a fait pour s’y attaquer ?». Pour cette session tenue le lundi dernier, qui a vu la participation de plusieurs membres du gouvernement et de la cheffe de la Délégation de l’Union Européenne au Niger, le premier Ministre Brigi Rafini a été représenté par Kané Aichatou Boulama, la ministre du plan.

Au cours de l’une de ses interventions, la ministre du plan, Kané Aichatou Boulama a souligné que les violences basées sur le genre peuvent prendre plusieurs formes qui compliquent davantage la lutte. « L’engagement des participants doit être ferme en vue de déclencher une synergie d’action à même de promouvoir efficacement la lutte contre le fléau des violences à l’égard des femmes et des filles » déclare-t-elle.

Aichatou Boulama a saisi aussi cette occasion pour demander un soutien aux victimes afin de rompre le silence face aux crimes dont elles sont victimes. « Il faudrait dans le travail que nous allons faire ensemble, qu’on puisse enlever aux victimes de violence basée sur le genre, la muselière et il faut qu’elles-mêmes puissent enlever cette muselière », a-t-elle indiqué.

Allant dans ce sens le premier ministre, Brigi Rafini a déclaré que « les violences contre les femmes et les filles sont, quelles que soient les circonstances et leurs motivations, une tragédie. Elles sont tout simplement inacceptables » avant de rappeler que « la pandémie de la covid-19 a été une crise majeure à l’échelle mondiale. C’est une crise qui a été particulièrement dévastatrice pour les femmes et les filles. Ses conséquences portent malheureusement un visage féminin : ONU Femmes y a enregistré un accroissement croissant de toutes sortes de violences à l’égard des femmes et des filles ».

Concernant la fermeture des écoles qui n’est pas restée sans conséquences, le ministre a noté que « plusieurs milliers de filles risquent de ne jamais reprendre leurs études. Cette question est d’autant plus préoccupante dans les zones de conflit et d’insécurité où les filles ont moins de chance de retourner à l’école, ce qui les rend plus vulnérables aux mariages forcés et aux mariages précoces. Il est, de ce fait, essentiel de travailler de manière intersectorielle afin de prendre en compte, dans nos interventions et politiques publiques, la manière dont ces crises multiples exacerbent les vulnérabilités ».

Pour Brigi Rafini il est plus que nécessaire de protéger l’accès à l’éducation, en particulier pour les filles. « C’est, en effet, un moyen sûr de pallier les causes profondes des violences basées sur le genre, parmi lesquelles la discrimination sexiste et le manque d’opportunités économiques. C’est pourquoi, au Niger, nous avons pris des dispositions pour maintenir les filles le plus longtemps à l’école » dit-il tout en ajoutant que « l’accès à l’éducation peut contribuer à combattre de façon durable la pauvreté, à remédier aux inégalités entre les sexes, à donner tout simplement leur dignité aux femmes et aux filles, et à leur permettre de libérer tout leur potentiel et tout leur génie ».

Notons que la pandémie de la COVID 19 a eu pour conséquences : la baisse des recettes fiscales, l’accroissement du déficit budgétaire, la perturbation des services sociaux, la montée du chômage et de la pauvreté. Le secteur informel, composé majoritairement de femmes et de Jeunes, a énormément souffert avec comme conséquence la réduction de leurs revenus.  « Les politiques et programmes post-COVID 19 doivent s’appesantir sur comment assurer une protection sociale accrue au secteur informel. Ceci permettra de protéger les femmes africaines de la précarité économique à laquelle les exposent les chocs multiples » souligne le ministre.

Les violences faites aux femmes constituent également un frein à la réalisation des objectifs de paix, de développement durable et de promotion des droits humains. C’est pourquoi, Le Niger a pris des mesures législatives, juridiques, institutionnelles et administratives pour y remédier. « Ainsi, le Niger a adopté l’ordonnance relative à la lutte contre la Traite des personnes et en particulier celle des femmes et des enfants, de même qu’une Politique et une Stratégie Nationale de Prévention et de Réponse aux violences basées sur le genre » affirme le ministre, pour qui cela est une étape décisive dans la mise en œuvre du plan d’action national sur la résolution 1325 et l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité ».

Conscient de la nécessité d’une pise en charge holistique des survivantes des violences basées sur le genre dans les zones les plus touchées par la crise sécuritaire, le gouvernement nigérien a créé des centres de Prévention, de Promotion et de Protection de l’Enfant dans les régions de Diffa et de Tillabéry. En effet, les personnes en situation de déplacement forcé, qui sont en majorité des femmes et des enfants, ont souvent moins de possibilités d’accès aux services de base. Ce qui les expose à différentes formes de violences basées sur le genre. Les centres créés comptent mener des activités préventives notamment la communication pour un changement de comportement, et assurent la prise en charge des victimes.

Dans le même esprit, Brigi Rafini a indiqué que le gouvernement est entrain de « procéder à la mise en œuvre du plan d’action de la Stratégie Nationale de l’Autonomisation Économique de la Femme et du Plan national stratégique, condition essentielle pour mettre fin aux mariages des enfants ». « La reconstruction post-COVID 19, pour être durable, doit être axée sur les plus vulnérables dont les filles et les femmes, avec des actions de proximité dans le cadre des programmes nationaux. Cette pandémie a démontré la nécessité de mobiliser divers acteurs dans la recherche de solutions mais aussi, dans la mise en œuvre des programmes, notamment les acteurs de la société civile, les organisations féminines, les chefs traditionnels et leaders religieux, dont je salue la contribution » poursuit-il.

Dans son discours Brigi Rafini a avoué que le Niger reconnait le rôle crucial joué par les femmes, notamment au niveau local dans la prévention mais aussi dans la réponse rapide. « La mise en œuvre de la politique du genre et la loi sur les quotas ont permis la nomination de femmes à des postes décisionnels importants, et cela a eu un impact positif sur la mise en œuvre des programmes de développement » déclare-t-il avant d’annoncer que « bientôt, le Niger mettra en place un groupe d’amis des femmes du Sahel qui sera un cadre de réflexion et d’action afin d’optimiser la contribution des Sahéliennes aux politiques nationales, régionales et globales de développement ».

Pour conclure, le ministre a fait savoir que le Niger, réitère son engagement à combattre les violences basées sur le genre, sous toutes leurs formes, à travers l’amélioration des opportunités pour les femmes. « Concernant la lutte contre la COVID 19, le vaccin doit être vu comme un bien public mondial c’est-à-dire non soumis aux lois du marché. Aujourd’hui est le temps de l’action, une action porteuse qui permettra de protéger les femmes et les filles et mettre fin aux violences basées sur le genre ».

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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