Détournement de 71,8 milliards au MDN : des OSC nigériennes se constituent partie civile et mettent à contribution un Avocat du Barreau de Paris

À l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre la corruption, ce mercredi 9 décembre 2020, les Organisations de la Société Civile (OSC) nigérienne Tournons la Page Internationale, Tournons la Page Niger, Alternative Espace Citoyen (AEC) et le Réseau des Organisations pour la Transparence et l’Analyse Budgétaire (ROTAB), se sont constituées en un bloc pour réclamer justice dans l’affaire dite de détournement de 71,8 milliards de francs CFA au Ministère de la Défense du Niger. Elles ont déposé une plainte collective, en mettant sur le dossier un avocat du Barreau de Paris chargé désormais de suivre l’affaire.

C’est dans la matinée de ce mercredi 9 décembre, journée dédiée au plan mondial à la lutte contre la corruption, que les responsables de ces organisations se sont réunis au tribunal de grande instance de Niamey pour soumettre leur dossier sur la malversation financière au ministère de la défense, longtemps ignoré par les autorités.   Après avoir tenté de contrôler les inspecteurs d’Etat chargés d’auditer les marchés du ministère de la Défense, le gouvernement a voulu poursuivre les auteurs des détournements dans un cadre administratif, leur permettant ainsi de régler le dossier par le remboursement à l’amiable des sommes détournées. L’opposition et la société civile ont exigé la transmission du dossier à la Justice.

A la mi-mars, ces exigences ont envoyé en prison 8 militants de la société civile (dont 4 ont été libérés depuis), mais le gouvernement a finalement cédé à la pression et transmis le dossier au parquet. Aussi, le 7 avril dernier, le procureur de la République de Niamey, Chaibou Samna, a annoncé dans un communiqué, qu’il avait reçu le rapport définitif sur le contrôle a posteriori des marchés publics au ministère de la Défense nationale.  Ce rapport « fait état d’insuffisances des cadres institutionnels et réglementaires de ces marchés publics spécifiques et passe au peigne fin un total de 177 dossiers dont les conditions de passation, d’exécution et de paiement sont susceptibles de qualifications pénales», a souligné le procureur. Transmis pour enquête, le rapport fera l’objet d’un minutieux examen, a promis le procureur, assurant que « l’Etat sera intégralement mis dans ses droits et force restera à la loi. »

Malgré les plaintes déposées et la mobilisation faite autour des différents cas, aucun jugement n’a été rendu sur ses affaires et les auteurs de ces détournements n’ont jamais été inquiétés.  C’est eu égard à ce silence que les organisations de la société civile ont constitué un avocat en France qui suivra le dossier déposer au parquet de Niamey ce merccrdi.

« Il est temps de faire la lumière sur les scandales  de corruption qui appauvrissent la Niger depuis plusieurs années. En cette période électorale, nous ne pourrons pas accepter que les politiciens achètent les voix des nigériens avec de l’argent détourné depuis une belle lurette. Il est de notre devoir de revendiquer cette justice pour le peuple Nigérien », a promis Maikoul Zodi, Coordinateur  de Tournons la page Niger/ Niamey.

Pour sa part, Ali Idrissa Nani acteur de la société civile fait savoir : « nous avons constitué un avocat en France, cet avocat nous a constitué un dossier que nous avons déposé au parquet aujourd’hui, c’est un détournement du siècle. Nous marquons cette journée pour pouvoir combattre la corruption et la mauvaise gouvernance dans notre pays. Nous nous  attaquons d’abord au plus grand scandale du siècle. »

« Avant on parlait de détournement de centaine de millions, aujourd’hui on parle de milliards détournés. C’est pourquoi, nous en tant qu’organisations de la société civile nous pensons qu’il faut arrêter l’hémorragie, surtout ces derniers temps avec le rebondissement et les propos de certaines personnalités », a-t-il poursuivi.

« Nous sommes convaincu que cette requête aboutira. Notre certitude est grande, c’est pourquoi nous l’avons déposé aujourd’hui », a-t-il déclaré avant de conclure que « le Procureur nous a assuré d’un retour dans les prochains jours. »

A travers cette requête en justice, la société civile nigérienne entend faire  lumière sur les scandales de corruption qui appauvrissent le pays depuis plusieurs années.

Hamadou Moussa Fatahou pour Niameyinfo.

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