Immigration irrégulière : le désert si méconnu et meurtrier pour les migrants

Ils sont chaque année des centaines de milliers des jeunes africains qui se lancent dans des aventures périlleuses à la recherche d’un mieux-être pour eux et leurs familles. Si les drames liés à ces tentatives de ralliement de l’Europe par voie maritime font souvent la Une de l’actualité, ceux liés à la traversée du désert n’en sont pas moins glaçants. Cette vaste étendue de sable à perte de vue, sans panneaux de signalisation, sans routes tracées que n’hésitent pourtant pas à braver, ces candidats au départ, très peu informés et donc souvent mal préparés à affronter « l’enfer ».

La traversée, un business juteux pour des sans foi ni loi !

La traversée des frontières européennes par des voies illégales est devenue un business rentable pour certains individus dénués de tout scrupule. Quotidiennement, ce sont des milliers de « clients » qui passent par leurs mains et comme pour tout commerce, c’est le profit qui prévaut et dans ce cas-ci, au détriment de la vie humaine. C’est ainsi que pour maximiser leurs gains, ils ne reculent devant rien.  Face à une riposte de mieux en mieux organisée avec des contrôles renforcés, ils prennent des risques inconsidérés et comme le confirment de nombreux rapports, les migrants en payent le lourd tribut.

En effet, s’agissant du désert notamment celle du Sahara, très peu de migrants sont informés que sa traversée fait partie du périple pour rallier l’Afrique du nord et éventuellement atteindre les côtes européennes.  A leur arrivée, au Niger et précisément dans la ville d’Agadez qui est connue pour être un point de transit, d’aucun parmi eux ne sachant rien de leur itinéraire croient à tort que l’Europe se situe tout juste derrière la ville d’Agadez. Ils déchanteront très vite.  Ces candidats au départ devront d’abord composer avec les réseaux mafieux qui y font la loi. Qui pour leur fournir contre espèces sonnantes et trébuchantes des faux papiers, qui pour leur vendre leur place dans les pick-up et autres véhicules de fortune qui servent pour la traversée. Un premier voyage les conduira à Assamakka, petite ville du désert, point de passage entre le Niger et l’Algérie. C’est là que s’arrête les bus nigériens et qu’interviennent les passeurs pour la traversée du désert jusqu’aux côtes méditerranéennes.  

Le Sahara, si vaste et si dangereux…

Commence alors le plus dur.  Le Sahara qui s’étend sur plus de 5 000 km d’ouest en Est avec de plus de 8,5 millions de km² dans sa globalité. Presque la moitié de la Méditerranée. On se demande bien comment ces passeurs s’y retrouvent avec plus de 5000 routes qui vont dans toutes les directions. De plus, ces dernières années, les points de contrôles se sont multipliés et les agents dotés de moyens de surveillance de plus en plus sophistiqués. Aussi, pour contourner ces check-points, les passeurs empruntent des routes de plus en plus éloignées et donc plus risquées, loin des points d’eau notamment. Les migrants sont entassés par dizaines à l’arrière des pick-up. Les véhicules sont ainsi mis à rude épreuve et tombent souvent en panne. Dans le cas de figure, c’est le sauf-qui-peut et les passeurs abandonnent leurs « passagers » au milieu de nul part les vouant à une mort certaine. Ces derniers sont obligés de marcher sur des kilomètres à la recherche d’une oasis en proie à des températures extrêmes. Les températures peuvent monter jusqu’à 42 degrés voire plus. Il y a aussi les tempêtes de sable qui modifient le paysage et égarent les migrants dans le désert.

Selon des chiffres publiés par l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM), depuis 2016, ce sont plusieurs milliers de migrants en détresse qui ont été secourus avec une moyenne de sauvetage de 1.200 de migrants par mois. Malheureusement, ce ne sont pas tous qu’on arrive à localiser et nombreux, succombent de faim et de soif. Toujours en 2016, des statistiques de l’OIM font état de 7 495 victimes enregistrés.  Ces chiffres à en croire l’organisme onusien, sont très loin du compte car les recherches et la collecte de données fiables, sont quasi impossibles vu l’étendue du désert.  

Pourtant des mesures sont prises pour dissuader les passeurs de continuer leur sale besogne. La Commission européenne a instauré de lourdes sanctions pour les transporteurs de voyageurs dépourvus des titres exigés et pour les trafiquants de main-d’œuvre. Le Niger n’est pas du reste.  Une loi très coercitive a été votée rendant le trafic de migrants passible de peines pouvant aller jusqu’à 30 ans d’incarcération.  

Visiblement, l’appât du gain est plus fort et les passeurs font toujours leurs affaires mais plus autant que les années précédentes. Le nombre de migrants irréguliers arrivés en Europe est en baisse. Ces dix derniers mois, ils ne sont que 7900 personnes. Le nombre de ceux qui sont venus d’Afrique a atteint moins de 21 200 personnes, soit la moitié du total enregistré au cours de l’année dernière. Des données doivent être relativisées selon une récente étude du PNUD. Cette baisse pourrait n’être que de courte durée car, la proximité géographique et les déséquilibres démographiques conjugués à des facteurs fondamentaux liés à la structure des économies et aux contextes de gouvernance globaux en Afrique, sont susceptibles d’entraîner une augmentation continue des migrations. Le Sahara n’a donc pas fini d’une destination fatale pour les migrants.     

Waliyullah Tajudeen pour Niameyinfo.

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