Culture : Le Bianou à Agadez, une fête séculaire rythmée par la musique et la danse

Depuis quelques jours, Agadez, la cité légendaire de l’Aïr est en fête ! Une fête pas comme les autres. Une fête qui exprime la foi inaltérable d’un peuple, fruit et artisan d’une cosmogonie séculaire qui résiste à l’usure des ans. La date du mercredi 18 Août 2021 a marqué la fin de l’unième fête du Bianou. Un événement qui fait d’Agadez trois semaines durant une ville de danses et de chœurs ; le théâtre d’un carnaval qu’on ne trouve nulle part ailleurs au Niger.

Le Bianou est l’âme de la ville d’Agadez ! C’est l’expression de la richesse culturelle des Agadassawa, ces formidables populations issues des brassages anciens entre touareg, haoussa et Songhaï qui demeurent malgré le modernisme, pour combien de temps encore, fortement conservateurs. Hommes, femmes, et enfants, jeunes et moins jeunes dansent dans leurs plus beaux accoutrements à travers les artères de la ville. Dans la poussière de ce carnaval, les troupes de danseurs de deux blocs, celui de l’Est et celui de l’Ouest, rivalisent de danses, de rythmes, d’éloges, de danses et surtout d’habillements. Ici contrairement à ce que dit l’adage, c’est l’habit qui fait le moine. « Un bon conservateur de la tradition doit mettre l’argent nécessaire pour s’offrir une vraie tenue », affirme El hadji Magalam Moussa dit Hanas, qui dans le passé a été lauréat trois fois de suite du concours de la meilleure tenue. Il en est fier, « je dépense beaucoup d’argent pour bien m’habiller pendant les derniers jours qui symbolisent le Bianou » dit-il. Le prix d’un tel sacrifice : « pas moins de huit cent mille francs CFA ! Je ne regrette rien car c’est l’unique façon de respecter ma tradition et de rendre hommage à mes ancêtres ».

Qu’est-ce que c’est le Bianou et comment est-il organisé ?

L’origine de cette grande fête dont l’histoire remonte à la nuit des temps est assez mystérieuse. Les marabouts l’attribut au déluge. Elle symbolise, disent-ils, la manifestation de joie après l’arrêt des pluies diluviennes et le jour où l’arche de Noé s’est posé sur le mont Ararat (5165 mètre d’altitude) à l’extrême-Est de la Turquie, après le déluge. Certaines sources estiment que le Bianou célèbre l’accueil réservé au prophète Mohammed (S.A.W) par les habitants de Médine, lors de l’hégire en 622 et d’autres rapportent qu’il s’agit de la célébration des victoires guerrières du temps des guerres saintes. D’après Kalofane, informatrice, l’année où par malheur, il ne serait pas fêté, disait-elle, la vie sur terre risquerait d’être agitée.

Agadez au Niger est le lieu initial de cette fête qui s’est étendue par la suite à Arlit et sa sous-région. La ville entière célèbre cette manifestation culturelle et religieuse aux allures carnavalesques. Femmes, hommes, Jeunes et personnes âgées, paradent dans les grandes artères d’Agadez sous les rythmes endiablés des « Akanzam » sortes de petits tambourins et du « Tambari » grand tambour guerrier.

Dans le souci de bien accomplir les cérémonies de la fête de Bianou qui était réservé à son début aux gens de l’Ouest, il a été créé une organisation spécifique qui partage la ville d’Agadez en deux grandes divisions ou groupes, le groupe de Dian yamma (ceux de l’Ouest) et le groupe de Dian Gabas (ceux de l’Est). A la tête de chacun de ces deux groupes se trouve le Tambari responsable du groupe, élu par les jeunes et approuvé par le sultan. Le Tambari lui-même est assisté dans sa tâche d’un Jirima et d’un Aghola dont le rôle est d’organiser le Bianou.

 Chaque groupe dispose de tambours demi-sphériques, fabriqués à partir de troncs d’arbre creusés et recouverts de peau de bœuf non épilée, maintenue par des cordes de peau, le poil par-dessus. Ces tambours ou Tambari pouvaient avoir près de 80 cm de diamètre. Deux poignées latérales en peau servent à les porter. Un homme se charge de tenir une poignée alors qu’un tient l’autre d’une main et en même temps, frappe le tambour au moyen d’un battant en branche de palmier tenu par l’autre main. L’orchestre est formé de 3 à 4 tambours dont les jeunes font le tour en dansant. Les tambours sont accompagnés d’une multitude d’Akanzam que les jeunes comme les vieillards aiment bien utiliser.

Pendant les 7 premiers jours, les deux groupes font chacun un nombre déterminé de rondes dans la ville appelé kewaya Gari (la ronde de la ville). C’est ainsi que le groupe de ceux de l’ouest, a droit à 4 démonstrations et l’autre de ceux de l’est à 3 démonstrations. Après, ils observent tous une pause en attendant de voir le croissant lunaire du mois de Muharram appelé d’ailleurs pour la circonstance Watan Bianou (le mois de Bianou), pour reprendre la plus belle fête jusqu’au 8 de mois.

Pendant ce temps, les jeunes, au son des tambari et des Ikanzaman (pluriel de Akanzam), se réunissent à des places déterminées pour danser. Les deux groupent se promènent certaines nuits dans les rues de la ville et se livrent parfois à des véritables compétitions de danses et de sons appelés Randayya, lorsqu’ils se rencontrent. Le 8 du mois Muharram, c’est toute la ville bien habillée, qui vient participer au Maretche-n-Ado (la soirée de la beauté). Le Bianou est donc une grande fête de la musique et de la danse.

La nuit tombée, les danseurs vont festoyer à Alarsès (à 5 km au Nord). Le lendemain, le retour en ville est un spectacle fantastique. On revient en dansant, en chantant, en agitant des branches de palmes et des bannières d’étoffe colorée. Toute la ville converge à l’appel de ces grands orchestres et forme deux grands cortèges rivaux qui parcourent toutes les rues pendant cette journée, dite Daouka Tchiz dayen (la prise des palmes de dattier). Rivaux qui parcourent toutes les rues pendant cette journée, dite Daouka Tchiz dayen (la prise des palmes de dattier). Les femmes et les filles portent leurs jolies blouses blanches ou noires, brodées de fil rouge, et se parent de bijoux en or ou en argent.

Les jeunes gens se costument de boubous amples, arrangent leur turban en forme de crête de coq peint à l’indigo, s’arment d’épées, de poignards et de lances, et par-dessus leurs grands boubous portent de larges ceintures et marchent en cadence au rythme envoutant des grands tambours. Des humoristes, sortes de clowns, sont également de la fête, et, avec leur accoutrement et leur danse vulgaire, font tout pour contredire l’allure martiale des grands danseurs virils et talentueux. Les femmes âgées encensent le trajet. Toute la ville est joyeuse. Même les vieux esquissent ce jour- là des pas de danse. Le 11 Muharram, la danse est encore organisée.

A la tombée du jour, une lecture est organisée la nuit à la grande mosquée de vendredi. Au même moment, le chef des griots et son orchestre accompagné des jeunes lecteurs coraniques attendaient à la grande porte nord-ouest de la mosquée pour débuter la cérémonie de Kikibéré. Contrairement au Jaghjibéré qui a lieu le jour et organisé seulement par les griots seulement, le Kikibéré, lui, a lieu la nuit et est organisé par les griots et les jeunes lecteurs coraniques. Le Kikibéré n’est pas organisé pendant les grandes fêtes (ramadan et Tabaski), mais pendant le Bianou et le Mouloud, l’itinéraire diffère selon que ça soit la fête de Bianou ou celle de Mouloud. Pendant le Bianou, le Kikibéré commence à partir de la grande mosquée et va vers l’Ouest pour prendre fin dans le quartier Amdit.

Le 10 du mois Muharram correspondant à l’Achoura, sanctionne la fin de la grande fête de Bianou. Mais de nos jours la danse est organisée ce jour et le lendemain.

Le Bianou a joué et joue encore un rôle très important au plan social et culturel. Au plan social, il est le ciment de cohésion sociale entre les fils et les filles de la ville. Il a contribué beaucoup à la solidification des relations de fraternité entre les Agadassawa. Au plan culturel, il est une occasion à ces derniers d’exhiber toute leur richesse culturelle et artistique à travers leur habillement, leurs objets de parure.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.