Toukountchi Festival de Cinéma/Youssoufa Halidou Harouna :« Vu l’importance que prend Toukountchi …. l’Etat doit porter un regard sur ce festival qui donne de la visibilité au Niger »

A quelques semaines de la 5ème édition du festival de Cinéma TOUKOUNTCHI à Niamey, Niameyinfo est parti à la rencontre de  son promoteur et délégué général Youssoufa Halidou Harouna.  Ce féru de Cinéma africain et grand défenseur de la culture et du 7ème art nigérien est revenu sur les préparatifs dans un contexte de la Covid-19, de ce rendez-vous qui au fil des ans, s’impose comme incontournable dans l’agenda des acteurs du cinéma continental. Il n’a pas éludé les difficultés inhérentes à cette organisation notamment le peu d’accompagnement des plus hautes autorités du pays qui selon lui, devraient s’investir un peu plus pour la promotion et l’essor du cinéma nigérien et de la culture en général.

Niameyinfo : Qu’est-ce qui a motivé la création du Festival Toukountchi dédié au 7ème art nigérien et africain ?

Youssoufa Halidou Harouna :Toukountchi Festival de Cinéma du Niger (TFCN) est une initiative de l’Association Nigérienne des Ciné-Clubs et Critiques de Cinéma (ANCCCC) créée en 2015 dont je suis actuellement le Président et un des fondateurs.

Toukountchi vient des langues haoussa et zarma, une manière de valoriser les langues au Niger, et signifie récompense dans la langue française. Depuis sa première édition, le festival fait appel à des compétences africaines pour siéger dans les jurys, pour former dans les métiers du cinéma et pour animer des conférences. Le Festival Panafricain de Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) est partenaire officiel. À chaque édition, ses représentants viennent à Toukountchi pour l’épauler dans son organisation et sa gestion.

Le souci d’intégration des peuples, de brassage culturel, la disparition des festivals et l’inefficacité des systèmes classiques de diffusion de films au Niger à savoir les lieux de projection et les télévisions ont conduit à ce festival qui de plus en plus parle de lui à l’international.

 Il faut noter que seul Toukountchi Festival de Cinéma du Niger fait une ouverture à tous les genres de films avec une dizaine de prix décernés.

Niameyinfo : Dans un contexte marqué par la COVID-19, où en êtes-vous dans l’organisation de cette 2ème édition ?

Y.H.H : Nous sommes dans la dernière ligne droite pour l’organisation de la 5ème édition qui est prévue pour se tenir du 13 au 16 octobre 2020 à Niamey.  Cette édition sera à l’image des évènements à l’ère du Covid19, qui continue de bouleverser les pratiques classiques des rencontres internationales. Mais, cette 5ème édition se tiendra avec quelques innovations dans l’organisation. En effet, pour pallier aux effets de la pandémie du Covid 19, qui n’a pas permis des productions importantes en Afrique et dans le monde, l’organisation a décidé de retenir la trentaine de films inscrits à cette édition, mais qui seront programmés dans les compétitions de la 6ème édition. Avec le Partenaire FESPACO, nous sommes en pourparlers pour avoir quelques films lauréats de l’Etalon d’Or de Yennenga pour permettre aux nigériens de vivre ou se remémorer des gloires africaines.

En plus des conférences qui portent sur le thème de cette édition : La distribution et la diffusion des films à l’ère de la Télévision Numérique Terrestre en Afrique., le festival rendra hommage à titre anthume au premier ingénieur de son du Niger, Moussa Hamidou.

En marge du Festival, il y’aura la 1ère édition de Niger Film Awards, un évènement qui distinguera les acteurs du cinéma nigérien (réalisateur, producteur, distributeur, diffuseur, monteur, scénariste, cadreur ; preneur de son, critique de cinéma, etc.) qui se sont illustrés au cours des trois (3) dernières années. Un autre évènement est attendu aussi à cette édition, celui du lancement de KINO-NIAMEY. Un festival dont sa philosophie est de former des cinéastes et de produire des films à chacune des éditions avec peu de moyens. Le parrain du lancement est Joseph Tapsoba dit CHOCHO, Responsable de KINO-BURKINA FASO qui sera avec nous avec une équipe technique de production.

Niameyinfo : Quels sont les sites retenus pour cette deuxième édition ?

Le lancement officiel de cette 5ème édition se tiendra à l’IFTIC. Pour les projections plusieurs sites sont retenus dont : les Collèges et lycées Mariama, Clap, Kassaï et IFTIC.

Y.H.H : Outre la crise sanitaire qui vous a obligé à revoir votre organisation, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Franchement parlant, les difficultés auxquelles nous sommes confrontés tourne autour de l’aspect financier. L’appui technique et surtout financier des autorités de tutelle laissent à désirer. C’est vrai, elles nous accueillent avec des belles paroles sans décision conséquente pour nous permettre une organisation à la hauteur de l’évènement.  L’occasion ici de remercier les membres de l’Association et quelques partenaires comme l’ORTN, IFTIC. Hôtel Ténéré, EMIG, le Restaurant le Mafé pour l’accompagnement périodique à toutes les éditions du festival. 

Vu l’importance que prend Toukountchi au niveau africain, nous pensons que l’Etat du Niger doit porter un regard sur  ce festival qui donne de la visibilité au Niger en matière de cinéma et aussi contribue à préserver et à valoriser le cinéma nigérien.

Niameyinfo : Quelle est donc la place des autorités de tutelle dans l’organisation de la cette 5ème  édition ?

Comme à toutes les éditions, cette 5ème édition est sous le patronage du Ministre de la Renaissance Culturelle des Arts et de la Modernisation Sociale (MRC/A/MS, avec qui nous sommes en contact pour voir l’apport de l’Etat du Niger à cette rencontre cinématographique majeure au Niger. 

Niameyinfo :  Avec cette activité cinématographique internationale, quels sont les partenaires qui vous accompagnent ?

Y.H.H : Il faut le souligner, nous avons des partenaires fidèles aux éditions de Toukountchi, cette année même, nous les retrouvons au premiers rangs se trouvent : l’ORTN, IFTIC, EMIG, Restaurant le Mafé, Hôtel Ténéré, le FESPACO, la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique (FACC), Groupe Dounia, Groupe Bonferey, certaines bonnes volontés, le CNCN, le MRC/A/MS et la Commune de Ouagadougou qui s’intéresse à cette 5ème édition.

Niameyinfo: Quelles sont vos attentes à l’égard du public nigérien ?

Y.H.H : Nous espérons que le public sera au rendez-vous pour vivre ou se remémorer des gloires qui ont marquées les cinémas d’Afrique. Le festival est conçu pour contribuer une proximité entre les cinéastes et les populations, donc une occasion certaine pour ce brassage culturel prôné par les autorités et même l’Union Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).

Niameyinfo : Un dernier cri de cœur ou de coup de gueule ?

Y.H.H : Toukountchi qui n’est plus à démontrer dans la contribution de l’axe 1 du gouvernement du Niger doit être accompagné. Que la tutelle change son comportement d’indifférence vis-à-vis des projets culturels qui parlent du Niger et du nigérien. Un Centre National de Cinéma qui ne peut budgétiser un festival qu’il reconnait important, doit disparaître. Cela doit aussi être le cas pour des responsables culturels qui préfèrent leur fonction que de soutenir pourquoi ils sont à leur place. La culture n’a pas de prix et faire sa promotion est une obligation, non seulement pour l’Etat du Niger et surtout aux Hommes des Médias pour que vive la culture nigérienne.

Propos recueillis par Fatouma Akiné pour Niameyinfo.

Youssoufa Halidou Harouna est critique de cinéma nigérien. Avec un Master Recherche en cinéma, Audiovisuel et Approches Interculturelles de l’Université Michel Montaigne de Bordeaux (France) en 2012. Il est aussi titulaire d’une licence en journalisme (presse écrite) et d’un Master 1 en Audiovisuel et Documentaire de Création en diplomation entre l’Institut de Formation aux Techniques de l’Information et de la Communication (IFTIC) et l’Université Abdou Moumouni de Niamey (UAM).  Actuellement, Youssoufa est en instance de soutenance de sa thèse de doctorat d’Etat avec pour sujet : Panorama du cinéma au Niger des origines à nos jours. Il a à son actif une vingtaines d’articles scientifiques qui portent sur le cinéma dont certains sont publiés dans des revues internationales et chez des éditeurs comme L’Harmattan. Il est le président de l’Association Nigérienne des Ciné-Clubs et Critiques du Cinéma (ANCCCC). Membre élu du Conseil d’Administration du Centre National de la Cinématographie du Niger, au Titre des métiers du Cinéma et de l’Audiovisuel. Il est le Concepteur et l’animateur de l’émission bimensuelle Patrimoine Cinématographique du Niger sur la télévision Dounia depuis juillet 2016. Formateur à l’Institut de Formation aux Technique d’Information et de la Communication.

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