Les tresses traditionnelles: une longue histoire pour les femmes africaines

Depuis des décennies les tresses africaines font l’objet de toutes les attentions et de tous les fantasmes. Sur les podiums, dans les rues du monde entier on en voit de toutes les formes et de toutes les couleurs. Au-delà de leur esthétique, les tresses traditionnelles revêtent une fonction sociale dans les sociétés traditionnelles africaines nous révèle leur histoire. L’Antiquité marque, en effet, l’essor de l’Art capillaire africain. Les pharaons, les scribes et les femmes égyptiennes arboraient une chevelure coiffée en tresses souvent ornementées de fils d’or et d’autres raffinements. Au Niger, les coiffures traditionnelles et modernes cohabitent bien pour la beauté de la femme. Les tresses permettaient également de distinguer les différentes classes sociales, l’appartenance d’un individu à un groupe ethnique ou aussi traductrice d’un évènement. Nous découvrirons que depuis la nuit des temps, la tresse n’est pas été exclusivement féminine.

Les tresses comme identité culturelle…   

A côté de leur dimension esthétique, les tresses africaines étaient codées. Pratique sociale, rituelle, cérémonielle, initiatique. Dès le XVe siècle, au Niger, les coiffes étaient le principal vecteur de communication parmi les différents peuples et au sein des communautés de statut marital, d’âge, de richesse et de rang dans la hiérarchie sociale au sein d’une communauté ou d’une population. En guise d’exemple, les membres de la royauté portaient souvent des coiffures élaborées comme symbole de leur stature, et une femme en deuil, faisait peu attention à ses cheveux pendant la période de deuil. La taille des cheveux tressés était considérée comme un symbole de fertilité, car les cheveux longs et épais et les cheveux propres et soignés symbolisaient la capacité de porter des enfants en bonne santé. Par ailleurs dans certaines contrées au Niger, la coiffure permettait d’identifier une nouvelle mariée, une veuve, une femme libre de tout engagement. L’amour, la haine, la colère, le désir sexuel, le courage sont autant de sentiments qui s’expriment facilement à travers la coiffure. Les coiffures avaient une place fondamentale et primordiale dans la cohésion au niveau des familles, de la communauté et de la société. Cet art est transmis de génération en génération. Les coiffures n’étaient pas fantaisistes et chacune d’elles avait sa signification propre selon l’âge, le sexe…

Les anciennes communautés croyaient que les cheveux pouvaient aider à la communication divine car c’était la partie surélevée du corps. C’est aussi la raison pour laquelle les cheveux sont généralement confiés à des parents proches pour le coiffage, car la société traditionnelle croit toujours que si un cheveu tombe entre les mains d’un ennemi, son propriétaire risquerait d’en subir les conséquences. Les tresses étaient aussi une activité sociale, comme c’est encore le cas aujourd’hui, car les femmes se réunissaient pour se coiffer mutuellement et avaient l’occasion de socialiser.

Un art qui se perd…

Aujourd’hui, très peu de tresseuses peuvent tresser ces coiffures traditionnelles à cause de la baisse des demandes. Les jeunes femmes et les filles préfèrent se coiffer dans les salons modernes. Aux dires de Aichatou Maiga, une fille de 28 ans qui attendait impatiemment son tour chez une des nombreuses coiffeuses dans un salon de beauté de la place, « la coiffure du salon est jolie et rapide ; les tresses traditionnelles sont dépassées maintenant; et c’est timide mais elles viennent surtout pour les petites tresses traditionnelles avec des modèles souvent compliqués, différentes des nattes grosses d’antan» (propos recueillis par Aissa Alfary, journaliste).

Les tresses modernes offrent une gamme variée de modèles avec des mèches de toutes catégories qui coûtent souvent une fortune. Tandis que les coiffures traditionnelles se faisaient sans le tissage, ni le défrisage. Mais, ces atouts culturels commencent à être rangés dans les halles des musées du fait des tendances occidentales qui influencent beaucoup.

Pour Abdoulaye Aissa Alfary, Journaliste culturelle au Niger « imiter les Rihanna, les Beyoncé, les Jennifer et autres n’est pas une mauvaise chose en soi, mais il faut savoir aussi garder sa propre culture. La nouvelle génération ne doit pas seulement se fier aux occidentaux ; il existe aussi, chez nous, des pratiques importantes qu’on doit sauvegarder ».

Les témoignages qui suivent prouvent que dans la tradition nigérienne les femmes ne se tressent pas par hasard. Chaque coiffure a un sens bien déterminé selon l’âge de celle qui la porte et varie d’une ethnie à l’autre. Par exemple, Kardiatou explique que, chez les Djerma sonrhaï, on reconnaît la parturiente par la coiffure qu’elle porte. Cette coiffure qui s’appelle « manga » est typiquement sonrhaï. «Tout comme le « zoumboutou » qui est composé de deux sillons de chaque côté des oreilles. Les mèches sont ornées de colliers, une grosse crête rouge trône au milieu. Un mélange de fils rouges, de colliers, tirés vers les oreilles. Le « zoumboutou » est réservé aux femmes mariées. La cohabitation pacifique s’est réalisée dans le respect des identités culturelles. Depuis ces temps lointains, seule la beauté artistique inspire l’émulation entre les femmes dans la conception et la confection de leurs coiffures ».

Selon elle «  les tresses des nomades, notamment des touarègues, des peuhles, sont généralement couvertes de parures dorées, argentées et parsemées de colliers, de fines perles. Pendant la période de viduité, une veuve n’a pas le droit de se faire belle. Sa coiffure ne dépasse guère deux sillons. On remarque cette simplification de la coiffure de la veuve dans toutes les ethnies de notre pays. Chez les Kanuris, on trouve les belles ‘’kilayakou‘’ en référence aux tresses traditionnelles de la région de Diffa. Pour dire que dans les traditions, les tresses des femmes sont aussi vieilles que les terres qui nous portent. Les tresses longues sont le trait caractéristique de la femme peulhe qui ne laisse jamais ces cheveux hirsutes. A tous moments, elle est tressée, de la tendre enfance au mariage ».

Mintou Diallo, trouvée dans un salon dénommé ‘’ Divas’’ du quartier Plateau, confirme que «  la coiffure est l’un des artifices importants de la séduction. La chevelure a un grand pouvoir de séduction sur les hommes. J’invite les femmes à se tresser, car les tresses favorisent la pousse et l’entretien des cheveux. Et je déconseille aux femmes de faire les nattes trop serrées qui peuvent abimer les cheveux ».  (recueillis par Aissa Alfary).

Les tresses pas qu’une question de femmes…

Il est aussi à noter que les hommes se tressaient, et c’était…normal ! A une époque, tresses et nattes étaient portées à la fois par les hommes et par les femmes. Les hommes faisaient même preuve davantage de créativité et de sophistication dans ce domaine, comme dans l’ensemble des pratiques esthétiques en général. Les hommes Bororo et Massaï, que l’on présente aujourd’hui comme des curiosités « efféminées » sont en réalité le vestige de pratiques esthétiques masculines, généralisées sur le continent africain, avant la période coloniale. L’embellissement ou la coquetterie n’étaient pas alors des questions de genre et la beauté l’apanage des femmes.

Fatouma Akiné pour niameyinfo.

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.


*