Coronavirus : comment les acteurs culturels nigériens s’en sortent-ils ?

Depuis la survenance de la pandémie à coronavirus au Niger et les mesures drastiques prises par les gouvernants pays pour endiguer sa propagation allant de la fermeture des frontières à l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes en passant par le couvre-feu, la plupart des secteurs d’activités ont connu un coup d’arrêt. Le secteur culturel nigérien n’a pas échappé à cette conjoncture. Entre les spectacles annulés et les dates à l’international reportées sine die, les acteurs culturels nigériens sont durement frappés par la crise née du Covid-19. Comment occupent-ils leur quotidien, eux qui sont habitués à faire le show sur les scènes, comment s’en sortent-ils financièrement vu que leurs activités sont momentanément à l’arrêt et qu’attendent-ils du gouvernement qui a annoncé des mesures d’atténuation sans faire référence au monde de la culture ? Voilà les questions auxquelles ils ont répondu quand ils ont été joints par notre rédaction.

Il ne fait pas bon d’être artistes nigériens par ces temps qui courent. Malgré le contexte difficile, ils n’ont pas dérogé à leur rôle d’ambassadeurs et de modèles pour les populations. Ils ont dans leur grande majorité prêté leurs visages et leurs voix pour relayer des messages de sensibilisation sur les mesures barrières pour endiguer la propagation du virus : par des chansons ou des posts sur leurs réseaux sociaux où ils sont suivis par une forte communauté.  De toute façon, il faut bien s’occuper quand on est confiné et qu’on n’a pas grande chose à faire.  

La pandémie du coronavirus et la fermeture de quasiment tous les lieux publics, notamment,  les salles de spectacles, les bars, boîtes de nuit et autres lieux de réjouissances, a mis au chômage bon nombre de professionnels du secteur. Au-delà des artistes chanteurs, c’est toute une industrie qui est touchée allant des promoteurs de spectacles aux Directeurs des salles, en passant par les différents corps de métiers qui concourent à la tenue des évènements culturels. « Beaucoup d’entre nous ont vu leur activité s’arrêter donc pas de source de revenu, comment on fait ?? Je ne saurais répondre à cette question. Par contre, on se demande combien de temps cela va durer », s’inquiète l’artiste chanteuse Safiath qui dit occuper son temps  à écrire de nouvelles chansons et à faire l’école à ses enfants.

Quid de l’aide de l’Etat !

L’autre source d’inquiétude de l’auteure de « Mazan Africa », c’est qu’elle serait la réponse de l’exécutif face à cette situation que vivent les artistes nigériens : « on se demande si l’Etat va faire quelque chose pour cette situation comme, on l’a vu dans d’autres pays. Ce que moi j’espère c’est vraiment que l’Etat ne néglige pas tous ces secteurs touchés par l’arrêt des activités surtout la musique. Les conséquences économiques risquent d’être désastreuses. Je ne suis pas experte mais je me dis qu’on peut s’inspirer de quelques pays comme la Côte d’Ivoire où l’État a versé de l’argent aux artistes,  ou encore nous pouvons réfléchir nous même aux moyens par lesquels on pourrait  sauver le secteur » déclare Safiath. En effet sous d’autres cieux, conscient des difficultés rencontrées par les acteurs culturels, les gouvernants ont pris des mesures pour pallier les impacts économiques liés au report ou à l’annulation des évènements. Cela est passé par des aides financières directes ou par la mise sur pied de fonds pour des demandes d’indemnisation ou des aides d’urgences. Au Niger dans la panoplie de mesures d’atténuation annoncées par le Gouvernement pour amoindrir le choc économique provoquée par la pandémie, aucune n’a pas fait mention du secteur culturel.      

Une situation que déplore autre artiste de la chanson Abdoul Karim Chaibou alias ‘’High Man’’ : « Pour nous autres artistes qui vivons grâce aux activités culturelles c’est encore plus difficile. Point de rassemblement signifie pour nous point de recettes grâce auxquelles nous tournons et supportons notre entourage ». A lui aussi de faire un appel du pied aux dirigeants du pays « Nous attendons de l’État ce que tous les citoyens attendent de celui-ci! Un regard sur notre situation… de la même manière que l’Etat a un regard sur les autres composantes du pays, nous attendons qu’il nous regarde aussi », insiste High Man. Tout comme lui, les nombreux autres acteurs culturels que nous avons pu joindre, déplorent que leur secteur soit le parent pauvre de la riposte économique au Covid-19. Pourtant la culture nigérienne est l’une des vitrines du pays  et nourrit des milliers d’individus, ou comme dirait l’autre « la Culture n’est pas un-à-côté de la démocratie, la culture c’est le cœur de la démocratie ». Vivement que les voix autorisées en prennent conscience et agissent en conséquence.   

Waliyullah Tajudeen pour Niameyinfo.

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