Art contemporain : L’Afrique, terrain de chasse des collectionneurs!

Ces dernières années, l’art contemporain africain a été courtisé par de nombreuses fondations, grandes institutions et musées à travers le monde. De nombreuses foires de renoms en Afrique, en Europe et aux États-Unis  témoignent d’une reconnaissance internationale de plus en plus soutenue des artistes. L’Afrique est devenue chic et tendance. Mais cette effervescence ne signifie pas qu’il existe un solide marché de l’art africain en Afrique.

Pour une majorité d’amateurs d’art, l’art africain est incarné avant tout par les masques et les statuettes. Or si la reconnaissance artistique de l’Afrique est immense, elle ne doit pas occulter la création contemporaine. L’Afrique change. Elle montre les premiers signes d’une extraordinaire mutation. A la fois témoins et acteurs de ce changements, les artistes offrent le visage d’une Afrique qui s’ouvre au monde et entend désormais s’exprimer pleinement, dans l’art comme dans le domaine économique. A Londres, la foire 1:54 est devenue incontournable. A Paris, amateurs et acheteurs se pressent à la foire AKAA. Sur le continent, les biennales drainent un public curieux à Dakar, à Casablanca, à Marrakech. La Kenya Art Fair de Nairobi, Art X Lagos, et la FNB Joburg Art Fair attirent aussi du monde. Des galeries fleurissent dans les grandes villes et dans les capitales africaines.

Et malgré toutes ces merveilleuses initiatives, le marché de l’art africain contemporain est inexistant en Afrique. Selon  le philosophe et critique d’art Babacar Mbaye Diop « si l’on s’en réfère à l’acception économique du terme : un système d’échanges où se rencontrent l’offre et la demande avec pour objectif principal la commercialisation d’œuvres d’art, alors le vrai marché de l’art contemporain africain se trouve en Occident » tout en ajoutant que « le cadre juridique, l’expertise et la valorisation des œuvres sont quasi inexistants sur le continent ».

En effet « Un marché suppose un régime juridique, des tendances, de l’expertise et la valorisation des œuvres d’art. Or tout cela manque presque partout en Afrique. Dans un véritable marché de l’art, l’acheteur bénéficie d’un certificat de vente qui garantit l’authenticité de l’œuvre et ses caractéristiques (son titre, la matière avec laquelle l’œuvre a été créée, ses dimensions, l’année de création et l’estimation du prix). Ce certificat doit mentionner l’historique de l’œuvre, les réparations subies s’il y en a eu, le lieu de vente… » Déclare le critique d’art.

La plupart des artistes africain vivent auprès des mécènes et institutions se trouvant hors du continent. Au regard de cette situation, il peut être constaté que ces artistes créent en « ayant à l’esprit les préférences des galeristes et des acheteurs occidentaux », ne s’adressant donc pas à un public africain mais à un public occidental et oriental.

Cela aussi est dû à l’inconformité de la vente d’œuvres en Afrique. « Beaucoup d’artistes, parce qu’ils sont dans le besoin, vendent eux-mêmes leurs œuvres à des prix très bas. Quand aux métiers qui tournent autour de l’art et du marché de l’art, ils manquent cruellement sur le continent » estime Babacar Mbaye Diop.

Il peut également être constaté sur le marché de l’art la dominance des artistes anglophones. Contrairement aux artistes francophones qui malgré leur créativité sont souvent confinés à un espace local, les anglophones voyagent beaucoup et s’imprègnent des tendances du marché de l’art. «  Ils savent ce qui se vend et s’y adaptent ». « Il manque également aux créateurs francophones un encadrement solide, avec agents et affiliés aux grandes galeries de la place, capables de proposer leurs œuvres à des ventes aux enchères ou à des foires d’art contemporain » ajoute Babacar Mbaye Diop.  .

L’espoir reste tout de même à l’horizon. Le marché de l’art africain offre  de bonnes opportunités aux collectionneurs. Il y a aujourd’hui de plus en plus d’acheteurs africains. Pour atteindre une forte émergence les Etats africains doivent s’impliquer. « Ils doivent encourager la création de foires, de salon, subventionner des événements artistiques, médiatiser et valoriser leurs artistes » conclu le critique d’art.

Akiné Fatouma pour niameyinfo.

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