Affaire détournement des fonds MDN : les internautes réclament justice

Depuis son éclatement en février dernier, l’Affaire de détournement et de surfacturations au Ministère de la Défense Nationale, tient le haut du pavée dans les discussions au sein de l’opinion  publique.  Les auditions entamées par la police judiciaire de Niamey et des fuites récurrentes sur les réseaux sociaux animent toutes les conversations. Les échanges sont de taille sur la toile chacun y allant de son commentaire ou de son analyse sur ce dossier fumant. Les médias  nationaux et internationaux ne sont pas du reste et pondent quotidiennement des sujets sur cette rocambolesque affaire qui, par l’ampleur de son scandale, a franchi les limites de nos frontières, a provoqué une indignation chez nombre d’observateurs. Pour ces derniers, justice doit être rendue et les auteurs identifiés soumis à la rigueur de la loi.

Le scandale des détournements de fonds au ministère de la Défense fait la une de tous les débats dans la société nigérienne à travers des fuites où les noms des grands argentiers du pays, des opérateurs économiques, des porteurs de lourdes valises, et des plus hautes autorités militaires et politiques sont cités dans un rapport qui fait état d’insuffisances des cadres institutionnels et réglementaires des marchés publics spécifiques et passe au peigne fin un total de 177 dossiers dont les conditions de passation, d’exécution et de paiement sont susceptibles de qualifications pénales.

Cette affaire trouve sa racine dans une conversation privée qui s’est retrouvée sur la place publique où le ministre de la Défense lui-même faisait part de son indignation quant à certains actes inhumains, et affirme que les responsables de cette forfaiture payeront jusqu’à la dernière somme ce qu’ils ont volé dans les caisses de l’Etat. Opposition et société civile ont alors exigé la transmission du dossier à la Justice. Ce qui fut fait le 7 avril dernier, le procureur de la République de Niamey, Chaibou Samna, a annoncé dans un communiqué, qu’il avait reçu « le rapport définitif sur le contrôle a posteriori des marchés publics au ministère de la Défense nationale. » Transmis pour enquête, le rapport fera l’objet d’un « minutieux examen », a promis le procureur, assurant que « l’Etat sera intégralement mis dans ses droits » et que « force restera à la loi. » En attendant les conclusions de l’enquête de la police judiciaire, voici que le fameux rapport d’audit commence à fuiter par extraits, évaluant à 76 milliards de francs CFA les surfacturations, ententes et marchés non livrés.

Au vu de pressions soutenues sur les médias sociaux et plusieurs autres activistes nigériens et observateurs sur la scène internationale, peinés par l’impact négatif de ce dossier dans un contexte de coopération militaire et la guerre contre le terrorisme qui fait rage dans le pays, l’un des officiers supérieurs les plus proches du président Issoufou Mahamadou, en l’occurrence le Chef d’état-major de l’armée de l’Air du Niger, le colonel Boulama Issa Zana, suspecté d’être impliqué dans cette lugubre affaire s’est vu remplacer manu militari par son adjoint. La décision a été prise par le Conseil supérieur de la Défense nationale sous la présidence du chef de l’Etat avec à ses côtés, le Premier ministre, le ministre de la Défense Issoufou Katambé et deux généraux.

« Mais le limogeage du colonel suffira-t-il, alors que le pays pleure, tous les jours ou presque, la mort de jeunes soldats emportés sur les deux fronts du pays par les attaques incessantes des groupes terroristes ? » s’interroge les internautes qui se disent inquiets  pour leur  pays, sur sa gouvernance et sa sécurité qui est mise à mal. Il ressort des commentaires qu’il n’y a pas de mot approprié pour nommer ces faits.

« Aux moments précis où ces opérations se déroulaient et que ces actes se commettaient, le Ministère n’était plus de la Défense Nationale, mais celui de l’Attaque Nationale » s’insurge le professeur Moumouni Farmo qui en une série de questionnements s’interroge sur la qualification juridique et morale qui sera juste pour designer cette affaire MDN.

« Du point de vue de la morale, de la distinction entre le bien et le mal, des conduites que la société nigérienne tient pour exemplaires, et des valeurs qu’elle prône, de quels mots usera-t-on pour nommer ce que ces hommes ont commis : damnable, condamnable, blâmable, pensable ? » ; « Quels chefs d’accusation, quels chefs d’inculpation, la justice pourrait invoquer contre eux : détournement de fonds publics, corruption, faux et usage de faux, atteinte à la sécurité nationale, atteinte à la sûreté de l’État ? »

« Mais la justice pourra-t-elle dire le cas échéant, le nombre de soldats qui ont péri par l’infamie de ces hommes, le nombre de civils morts par leur ignominie ? »

« Comment réparera-t-elle le dommage fait aux veuves et aux orphelins ? Le tort fait à la communauté nationale ? »

Des échanges et commentaires qui démontrent l’indignation face à ce énième scandale, et déplorent l’attitude du gouvernement qui tarde à traduire les personnes impliquées devant les juridictions, inondent la toile. Si certains exigent le payement global des sommes détournées, d’autres estiment que les personnes impliquées ne doivent pas s’en tirer à si bon compte et doivent être mis aux arrêts immédiatement du sommet à la base sans aucune complaisance.

Danguida Almoustapha pour Niameyinfo.

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